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1958, quand tout semblait perdu : Jacques Rueff

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Croissance brusquement saisie d’atonie, alors qu’elle s’était révélée brillante au cours des années précédentes déficit commercial permanent et de plus en plus préoccupant : les réserves de change et d’or de la France couvrent à peine 5 semaines d’importation l’étranger se méfie de l’économie française et renâclent à lui prêter de quoi financer ce qu’on appelle encore « l’impasse budgétaire ».

Pour faire face à cette situation presque désespérée, les gouvernements qui se sont succédé ont joué avec les mesures de circonstance : l’inflation, d’abord : on a laissé la monnaie grignoter le pouvoir d’achat le contrôle des changes : tout achat effectué à l’étranger nécessite une autorisation gouvernementale – commode lorsqu’une entreprise a besoin d’acheter une machine en Allemagne ! Mais justement, ça aussi, on l’a découragé à travers toute sorte de réglementations, de lois censées « protectrices », de rentes publiques déguisées en soutien à l’investissement privé…

Oui, lorsque de Gaulle revient au pouvoir en 1958, il n’y a pas que la situation politique qui est désespérée ! notre économie, aussi, est au bord du gouffre. Face à tous les problèmes, la stratégie du Grand Charles est identique : assainir dans l’urgence, stabiliser d’abord, poser les bases du redressement : de nouvelles institutions, de nouvelles équipes dirigeantes, une nouvelle économie.

Jacques Rueff
Jacques Rueff Crédits : La Poste - Radio France

Il fait appel à l’un de nos meilleurs économistes, Jacques Rueff, auquel Gérard Minart vient de consacrer une excellente biographie chez Odile Jacob. A l’époque, Rueff a 62 ans et de formidables réussites à son actif. Jeune polytechnicien, c’est lui qui a calculé la nouvelle parité du franc , rétabli en 1926 par Poincaré. A la veille de la guerre, à la demande de Paul Reynaud, il a conçu avec une équipe prodigieuse (Michel Debré, Alfred Sauvy, Maurice Couve de Murville, Gaston Palewski) un plan de sauvetage de notre économie , afin de relancer nos industries d’armement qui tournaient au ralenti depuis 1936. Pendant l’occupation, il a fait partie du prestigieux Comité des experts , chargé par de Gaulle de préparer la reconstruction de la France à la Libération.

En 1958, Rueff conseille à de Gaulle de prendre tous les risques. Antoine Pinay, ministre des Finances, crie casse-cou. Il juge Rueff trop radical. Pensez donc, Rueff prétend revenir en un an à l’équilibre budgétaire en sabrant dans les subventions de l’Etat ; introduire un nouveau Franc dont la valeur, après une dévaluation calculée avec rigueur, sera défendu avec la même rigueur que la Livre Sterling. Mais surtout, il veut mettre fin au protectionnisme sous cette tente à oxygène, subsistaient vaille que vaille un grand nombre d’entreprises périmées, mises ainsi à l’abri de la concurrence.

On sait de Gaulle peu favorable aux idées d’intégration européenne pourtant il suit Rueff : oui, le marché commun , négocié par ses prédécesseurs en 1957, sera accepté par la France. Elle ne demandera pas à ses partenaires de clauses de sauvegarde, comme tout le monde s’y attendait. Ce sera chose faite dès janvier 1959. Le pays se sent prêt à affronter les vents vivifiants de la concurrence.

Parce que le redressement de son économie a été aussi rapide que spectaculaire. Une espèce de miracle, tant l’ensemble de la classe politique n’avait pas caché son scepticisme. Parmi les commentateurs autorisés, il n’y avait guère que Raymond Aron pour croire au Plan Rueff. Les experts du ministère des Finances, eux-mêmes, avaient prédit une forte hausse des prix. Ils se sont trompés . L’économie de l’offre a permis une stabilisation inattendue des prix.

En réalité, dès 1959, l’Etat renouait avec l’équilibre budgétaire et d’année en année, les excédents allaient être de plus en plus impressionnants et notre commerce extérieur redevenir fortement bénéficiaire. L'économie française, assainie, retrouvait la confiance des épargnants . Ils allaient permettre un niveau d’investissement colossal, dont nous bénéficions encore dans les années 1980. Et la France pouvait renouer avec une souveraineté entamée – l’obsession du Général…

A l’époque, on prétendait que la France était condamnée au déclin . Chaque catégorie sociale bataillait pour préserver sa part d’un gâteau qui rétrécissait. La confiance avait disparu. Aujourd’hui, à nouveau, nous semblons toucher le fond et l’on parle « d’effondrement par désagrégation interne ». Mais les sondages montrent que les Français sont prêts à des réformes radicales , pour peu qu’ils sachent comment on entendrait redresser pour de bon la barre. Il ne reste plus qu’à dénicher les Jacques Rueff d’aujourd’hui, dans un pays où abondent les économistes mondialement réputés…

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