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20 ans de dérive budgétaire

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Le retour progressif des finances publiques à l’équilibre au cours du quinquennat et le déficit à 3 % du PIB dès 2013 faisaient partie des engagements solennels du candidat François Hollande, lors de sa campagne présidentielle de l’an dernier. Engagement n° 9. On sait maintenant que cet objectif ne sera pas atteint. Nous serons au mieux à 3,5 %, cette année et la Commission juge que cela pourrait encore pire l’an prochain à politique inchangée, elle table sur un dérapage de 3,5 à 3,9 %.

Alors que le ministre des Finances s’accrochait à sa prévision de croissance de 0,8 % , celle-ci sera inexistante, cette année. Les recettes fiscales s’avèrent donc inférieures à ce qui était attendu. Dans ces conditions, les doutes montent sur le fait que notre pays puisse conserver longtemps le bénéfice de taux d’intérêts exceptionnellement bas. Le patron d’Axa, dans le Wall Street Journal , ce week-end, s’inquiète des effets de cette incapacité à maîtriser la dépense publique. Selon Henri de Castries, l’attractivité de la France ne peut que souffrir de taux d’imposition sur les sociétés une fois et demie supérieurs à la moyenne européenne et de s’inquiéter de l’attractivité de notre pays. Au début de ce mois, l’étude KPMG sur l’attractivité des grandes métropoles avait d’ailleurs rétrogradé la région parisienne du 6 ° au 10° rang mondial pour l’accueil des investissements. Londres est devenue la 1° destination des investisseurs, suivie de Hong Kong, Shangaï et de New York. L’avis du patron d’Axa est important : l’assureur est le deuxième plus gros détenteur de dette publique française.

De son côté, le patron de l’assureur allemand Allianz, Michael Dickmann, prévient que son groupe va « revoir en détails son exposition au risque français ». Sommes-nous menacés par une dérive à la grecque – cette spirale redoutable, où le coût de la dette publique, devenue insupportable, entraîne l’exigence de coupes drastiques dans les budgets publics et des hausses continuelles d’impôts ?

On se rassurera à peu de frais en rappelant que la France n’est pas un cas isolé dans la zone euro. Partout, la croissance y est en berne les pays du Sud de la zone afficheront des résultats économiques encore pires que les nôtre s : - 1,4 % en Espagne, - 1,9 % au Portugal, - 4,4 % en Grèce. Et les déficits publics de la Grande-Bretagne (7,4 %) et des Pays-Bas (3,6) sont pires que les nôtres.

Mais ce qui est inquiétant, dans le cas de la France, c’est la tendance : jusqu’aux années 80, la dépense publique, chez nous, en pourcentage de PIB, était inférieure à celle de la moyenne de l’actuelle zone euro. Depuis les années 90, elle est devenue supérieure, de plus en plus supérieure. L’écart par rapport à la moyenne des nos voisins européens hors France est passé de 2 points de PIB en 1992 à 4,5 en 1996-1998, puis elle a progressé jusqu’à 8 points en 2011-2012. Aujourd’hui, cet écart est de 9 points de PIB : les dépenses publiques pèsent de 47,1 % dans la zone euro, contre 56,3 %, en France . C’est insoutenable, parce que ce niveau de dépense fait peser sur l’économie un poids disproportionné.

Les gouvernements se suivent, mais leur réponse au défi est toujours le même : augmentation des impôts et aggravation de la dette . Selon Christian Saint-Etienne, l’économiste à qui j’emprunte ces données, nous venons de vivre « 20 ans de dérive ». Elles se traduisent par un niveau d’endettement public, qui est passé de 21 % du PIB à la fin des années 70 à 36 % à la fin des années 80, 59 à la fin des années 90. Nous dépasserons les 90 % cette année, nous pourrions atteindre les 95 % l’an prochain.

Dans son livre qui vient de paraître, « France état d’urgence », Christian Saint-Etienne, dresse un état des lieux alarmant de la situation de la France. Je cite :

« La perte de compétitivité de la France est globale depuis vingt ans – économique, politique et culturelle ». En cause « un Etat hiérarchique et inefficace, un système politique déresponsabilisant, un système social dispendieux et décourageant l’effort et un système éducatif qui se contente trop souvent d’une « bienveillante » médiocrité . » (p. 60. Résultat : « le système productif implose et le chômage gangrène la société. L’explosion haineuse est proche ». (64)

Ce tableau vous semble-t-il réaliste ou exagérément pessimiste ?

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