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26 % des jeunes voteraient Marine Le Pen. Pourquoi ?

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La génération Y a bien du mal à se faire une place dans la France d’aujourd’hui. Le rapport de forces démographique n’est pas en sa faveur les baby-boomers , en pleine forme, ont pour eux le nombre et ils n’ont pas l’intention de céder la place : significativement, ils dominent nettement l’Assemblée nationale dont les élus ont une moyenne d’âge de 60 ans . Si nos députés s’appliquaient à eux-mêmes les lois qu’ils votent, une bonne moitié d’entre eux devraient être déjà en retraite… Louis Chauvel a calculé, il y a quelque temps déjà, que l’âge moyen des représentants politiques était passé, entre 1981 et 2000 de 45 à 59 ans. A vue de nez, cela n’a pas dû s’arranger…

Or si les plus âgés dirigent, ils le font, bien sûr, au profit de leurs intérêts de génération !

En France, le patrimoine moyen des retraités (252 700 Euros) est supérieur à celui des actifs (213 600), alors que le niveau de vie moyen par unité de consommation est presque identique (celui des retraités équivaut à 95 % de celui des actifs). La politique d’endettement des administrations publique, mais surtout la dette accumulée par les organismes de Sécurité Sociale (plus de 140 milliards) témoignent d’une volonté délibérée de bénéficier de niveaux de protection élevés, tout en repassant la facture aux générations futures – qui devront payer à la fois pour leur propre santé et pour celle que se sont offerte à crédit leurs grands-parents. Si l’on ajoute à ce sombre tableau un marché du travail dual où les entrants sont pénalisés au profit de la sécurisation de ceux qui sont en place, on comprend mieux pourquoi les jeunes, dans notre pays, peuvent éprouver le sentiment de ne pas être traités avec équité.

C’est dans ce contexte qu’il faut resituer toute analyse du vote des jeunes.

Comme on sait, le clivage droite/gauche qui a structuré notre vie politique pendant deux siècles perd progressivement de sa pertinence. Aujourd’hui, un bon tiers de l’électorat refuse obstinément de se situer dans l’un ou l’autre camp. Or, c’est chez les jeunes électeurs que ce refus est le plus marqué : une majorité (52 % des 18-24 ans) dit ne se sentir représenté ni par un camp, ni par l’autre . Ils auraient pu être attirés par le candidat centriste, qui propose une espèce d’union nationale il n’en est rien, Bayrou ne recueillant que 11 % de leurs intentions de vote. Et c’est donc Marine Le Pen qui capitalise leur mécontentement, en progressant fortement sur ce créneau, dont elle recueillerait 26 % des suffrages, légèrement devant François Hollande avec 25 %.

Pourquoi s’en étonner ? Si l’on en croit Pascal Perrineau , dans Le Choix de Marianne, « les électeurs du Front national se situent davantage entre la droite et la gauche qu’à l’extrême-droite . » (p. 58) Contrairement à la majorité des électeurs de Nicolas Sarkozy, ils ne sont pas nés dans des familles où l’on votait traditionnellement à droite les thèmes sur lesquels ils se retrouvent, s’ils recoupent parfois ceux de la droite (ordre et autorité), s’éloignent sensiblement des politiques menées par la droite : ils sont favorables à un contrôle des entreprises privées par l’Etat ils pensent que la mondialisation est un « danger » et ils sont très hostiles à la construction européenne. Ils appartiennent à la « France du non » de 2005. Le vote FN apparaît comme un vote contre la désindustrialisation et un vote contre la société multiculturelle . C’est, écrit encore Perrineau, le vote d’une France « qui va mal » et qui est très pessimiste sur son avenir propre comme sur celui du pays.

Marine Le Pen propose de « sortir du cadre », d’abandonner l’euro, de booster la croissance par une monnaie dévaluée et les revenus par un retour à la bonne vieille inflation enfin de fermer les portes à l’immigration et de bloquer les importations étrangères par un vigoureux protectionnisme. Le contrôle des changes deviendrait inéluctable. C’est un programme assez rétro . Mais précisément, les moins de 25 ans ne l’ont jamais vu à l’œuvre. Nous si, dans les années 1970 et début 80, et c’est sans doute pourquoi il aura du mal à nous convaincre…

Si les partis de gouvernement veulent bloquer l’ascension du vote protestataire dans la jeunesse (Mélenchon aussi fait une percée dans cet électorat, avec 16 %, et talonne Sarkozy à 15 % !), il faudra qu’ils apportent des réponses à un mal-être qui pourrait se transformer un jour en colère collective.

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