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Adapter le pays d'accueil ou s'adapter à lui ?

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Ca promet ! Les élections européennes approchent : c’est dans trois mois. Et à force de décevoir, l’Union européenne risque de devenir la risée de la planète, en rassemblant, au Parlement européen, une majorité de députés eurosceptiques.

Le référendum suisse, exigeant l’abrogation du Traité de libre installation des ressortissants de l’Union européenne de 2002 et le retour à l’ancienne politique de la Confédération helvétique, sonne comme un avertissement. Même si la Suisse ne fait pas partie de l’UE, elle lui est étroitement associée et sa population vibre à l’unisson de nos 28 petites nations. Le non suisse est comme un condensé de tous les refus dont l’intégration européenne est à présent l’objet.

Le plus frappant, dans cette affaire, c’est que tous les partis suisses, sauf un – l’UDC – avaient appelé à voter non au référendum. Ils ont donc été contredits par le sentiment populaire. Qui peut dire qu’un semblable divorce entre les opinions et les dirigeants politiques est limité à la Suisse ? A force de répéter que les efforts réclamés à leur population en matière budgétaire étaient des exigences européennes, les dirigeants nationaux sont parvenus à faire prendre Bruxelles en grippe.

Les résultats du référendum suisse s’inscrivent dans une longue série de mesures prises par des Etats membres, comme les Pays-Bas, pour restreindre chez eux l’immigration extra-européenne. Nul doute qu’il servira également à David Cameron pour continuer à refermer les portes d’accès au Royaume-Uni. Le dirigeant britannique, qui a promis un référendum sur le maintien du Pays dans l’UE, n’a pas d’autres moyens d’empêcher une victoire des eurosceptiques de l’UK Party que de promettre, à son tour, une immigration choisie et régulée.

L’Union européenne a réclamé la compétence sur la politique migratoire et, en effet, la libre circulation dans l’espace européen ne se conçoit que si l’Union assure le contrôle des flux migratoires aux portes d’entrée. Si le résultat se révèle désastreux, cf. Lampedusa, c’est parce que l’Union n’a jamais été capable, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, de définir une politique commune et encore moins de s’en donner les moyens.

Du coup, se trouvent confortés tous ceux qui prétendaient que les eurocrates voulaient « liquider les peuples », ces obstacles gênants sur la voie grandiose de la zone commerciale optimale dépolitisée, où la main d’œuvre ferait enfin preuve de cette « mobilité géographique » qu’on attend d’elle. L’Europe sans frontières, le grand marché commun hyper-régulé, qui aurait vocation à s’étendre à la planète entière – parce qu’il ne revendique aucune identité, fait l’objet d’un désaveu grandissant. Le philosophe Pierre Manent n’a peut-être pas tort de prétendre que l’extension géographique de l’Union européenne a été la rançon de son manque de substance : puisque nous ne savons pas au juste ce que nous sommes, ni ce que voulons faire ensemble, nous aurions opté pour l’étalement.

Il y a, dans l’air du temps, un fort appétit pour les frontières . Parce qu’elles incarnent l’identité de peuples qui redoutent de s’en trouver dépossédés. Parce que c’est dans le cadre national que les citoyens ont appris à exercer leur souveraineté ainsi que leur solidarité les uns envers les autres. L’Etat-providence, jusqu’à nouvel ordre, a son siège à Paris, Rome, Berlin, ou Copenhague, et non pas à Bruxelles.

Daniel Cohn Bendit a raison : si nos dirigeants politiques s’avisaient de nous consulter sur la même question, le résultat serait plus hostile encore à la liberté de circulation et d’installation. Les sondages montrent que les Français se raidissent face à une immigration qu’ils sont de plus en plus nombreux à trouver excessive : 67 % des sondés par OpinionWay pour le CVIPOF jugent qu’il y a « trop d’immigrés », chiffre en progression de 28 points en quatre ans. Ce que ressent la majorité de nos concitoyens, c’est l’échec de l’intégration républicaine. Il se traduit par la montée des revendications communautaires, le refus de certains groupes organisés de se plier à la loi commune, le séparatisme.

L’humeur du moment est au détricotage des acquis européens et au regain des nations . Les désillusionnés de l’intégration européenne se ramassent à la pelle voyez le dernier livre de François Heisbourg, La fin du rêve européen… C’est dans ce cadre-là qu’il faut penser l’intégration des immigrés, le nouveau dossier clivant posé sur la table du Conseil des ministres.

Jean-Marc Ayrault a écarté, en décembre, les mesures proposées par un rapport , rédigé par des experts nommés et approuvés par l’ensemble de son gouvernement, afin de favoriser l’intégration des immigrés. Ce qu’ils préconisaient a été ressenti comme une injonction adressée au peuple français de s’adapter aux mœurs et coutumes des immigrés et non l’inverse. La nouvelle feuille de route, actuellement sur le bureau du conseil des ministres, se veut beaucoup plus consensuelle . Mais la question de fond demeure : est-ce au pays d’accueil de faire place aux cultures de l’immigration, censées l’enrichir de leur « diversité » ? Ou aux nouveaux venus de se fondre dans le cadre exigeant du pays qu’ils ont choisi ?

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