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Affaire Merah, dysfonctionnements ?

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La France a toujours rêvé de se doter d’un équivalent du FBI . En 2008, Nicolas Sarkozy s’y est risqué, en fusionnant la DST et les Renseignements Généraux en une DCRI. Il s’agit d’adapter notre système de renseignement aux menaces nouvelles, celles qui naissent du phénomène des « homegrown terrorists », déjà relevé lors des attentats de Londres et de Madrid.

Mais comme dans le cas de Pôle Emploi, fusion de l’ANPE et des ASSEDICs, chaque entité arrive au mariage avec ses personnels, ses méthodes de travail, sa culture. Et c’est la culture, hyper-centralisée, de la DST qui l’a emporté. Tour remonte à Levallois-Perret, siège de la nouvelle institution.

Entre le premier des assassinats commis par Mohamed Merah, celui du sous-officier Imad Ibn Ziaten, le 11 mars et le bouclage du tueur dans son appartement des Izards, dans au petit matin du 21, il s’est écoulé dix jours . Dix jours durant lesquels le tueur a frappé à nouveau à deux reprises ; contre deux parachutistes, le 15 mars. En abattant trois enfants et le père de l’un d’entre eux, au collège juif Ozar-Hatorah de Toulouse, le 19 mars. Le soir même, il faisait la fête dans une boîte de nuit de locale.

Ces crimes abominables auraient-ils pu être évités ?

Sur le moment, un certain nombre de personnalités ont critiqué l’action du Raid (qui relève de la police), estimant que le GIGN (qui dépend de la gendarmerie) aurait fait mieux. Toute sorte de rumeurs complotistes ont alors circulé : Mohamed Merah aurait été « exécuté » pour le réduire au silence.

Le père de Mohamed Merah , ancien trafiquant de drogue, qui a abandonné sa famille pour retourner vivre en Algérie, a eu l’impudence, on s’en souvient, de porter plainte contre X pour « l’assassinat » de son fils, assisté de Me Isabelle Coutant-Peyre, défenseur du terroriste Carlos, converti à l’islamisme, qu’elle a épousé en prison. Rappelons que Mohamed Merha a eu droit à 32 heures de négociations, mais qu’il a préféré, de son propre aveu, mourir « en moujdjahid » , en arrosant les policiers d’un déluge de balles (69 tirs), avant d’être finalement abattu par des tireurs d’élite.

Mais le rapport de l’Inspection générale de la police nationale, rendu public par Manuel Vals , pointe des dysfonctionnements bien réels. Si Merah avait été parfaitement identifié comme personnalité à risque, le suivi a été défaillant. En outre, il y a eu des divergences regrettables d’appréciation entre l’antenne de Toulouse de la DCRI, qui a alerté la direction centrale que Merah pouvait être le « tueur au scooter » et la direction centrale qui cherchait dans une autre direction . Rappelons que l’affaire de Toulouse intervient peu de temps après l’affaire Breivik et que bien des choses pouvaient laisser penser alors à la piste d’un tueur d’extrême droite . Bien des médias se sont engouffrés dans cette hypothèse, dénonçant d'avance un "climat xénophobe et raciste".

Lorsque le Parti socialiste était dans l’opposition, l’actuel président de la Commission des Lois, Jean-Jacques Urvoas, a présidé une commission de réflexion sur les services de renseignement . Il en est notamment sorti l’idée selon laquelle, le Parlement français, comme celui de toutes les grandes démocraties libérales, devrait disposer d’un contrôle a posteriori de l’activité de ces services . Le même Jean-Jacques Urvoas a refusé aux parents des victimes de Merah l’enquête parlementaire qu’ils réclament.

Mais voilà que les députés d’Europe Ecologie-Les Verts, s’associant avec les radicaux de gauche viennent de passer outre à ce véto, en usant du nouveau droit reconnu aux groupes parlementaires de créer une commission d’enquête parlementaire par session. Cela ne va sans doute pas arranger les relations entre les Verts et le Parti socialiste. Mais cela va certainement dissiper une impression de malaise.

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