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Aider la démocratie en Afrique sans paternalisme

4 min
À retrouver dans l'émission

Pendant toute la période post-coloniale, la quasi-totalité des Etats africains étaient des dictatures à parti unique, dirigées par des présidents à vie. Beaucoup d’entre eux pouvaient se prévaloir du titre de « père fondateur de la nation », puisqu’ils avaient mené leur pays à l’indépendance. Ils étaient soutenus, qui par les Soviétiques, qui par les Occidentaux, ces puissants protecteurs veillant à ce que leurs clients se maintiennent au pouvoir, en les arrosant d’aides publiques. Leurs régimes pouvaient bien se réclamer du socialisme, pour la majorité d’entre eux, du capitalisme pour quelques uns ni les uns ni les autres ne laissaient se développer une société civile pluraliste et une authentique économie de marché .

Durant les 3 décennies 1960, 1970, et 1980, un seul président africain aura accepté de quitter le pouvoir à la suite d’élections perdues – Aden Abdullah Osman, en Somalie. Tous les autres, lorsqu’ils ont dû abandonner le pouvoir, l’ont fait par la force et non dans les urnes.

Il s’est trouvé des théoriciens pour prétendre que la culture africaine n’était pas compatible avec la démocratie – invention occidentale. Pourtant, de nombreuses pratiques précoloniales de discussion des affaires publiques montrent que l’Afrique avait une tradition très ancienne en ce domaine. La Charte de Kurukan Fuga , que la tradition orale fait remonter au XIII° siècle, sous le règne du roi Soundjata Keïta, dotait le royaume du Mandé (qui regroupait tout le Sud de l’Afrique occidentale) de préceptes qu’on a pu comparer à la Magna Carta de la même époque.

Mais comme l’a observé Mamadou Diouf , la culture politique africaine, celle que symbolise la palabre vise à dégager le consensus elle rejette l’opposition et refoule le conflit. Plus grave : elle ne respecte gère la loi, mais plutôt l’autorité la subordination envers le chef est la règle. Les Etats autoritaires et hyper-centralisés, instaurés après les indépendances, ont provoqué, par réaction, des stratégies d’évitement.

Depuis les années 90, l’Afrique s’est convertie à la démocratie. Rares sont les pays dont les gouvernants ont cessé de se légitimer par le bulletin de vote et c’est une bonne nouvelle. Mais on découvre que l’organisation, périodique, d’élections plus ou moins libres et ouvertes, ne suffit pas à instaurer la démocratie. C’était, on s’en souvient, l’avertissement de Fareed Zakaria (The Future of Freedom). Celle-ci suppose, en effet, le développement d’une société civile et d’un espace public pluraliste. Or, en Afrique, comme l’a fait observer Jean-François Bayart , les clivages politiques ont souvent tendance à dissimuler des rivalités tribales.

Pour que la démocratie soit respectée, que l’Etat soit obéi, il faut que les élus du suffrage apportent à leurs électeurs les services qu’ils sont en droit d’attendre. Ce que les Anglo-saxons appellent la « bonne gouvernance ». Or, nombre de pays africains connaissent une économie de rente, grâce à laquelle le pouvoir peut acheter le soutien de certaines catégories. La démocratie suppose en outre un Etat de droit et la séparation des pouvoirs et enfin, ce que Fareed Zakaria a appelé un « faisceau de libertés » telles que la liberté d’association, la liberté de la presse, un droit de propriété stable.

La question que pose Vincent Hugeux , est la suivante : comment pouvons-nous aider les nations africaines à développer leurs démocraties, sans tomber sous l’accusation d’interventionnisme et de néo-colonialisme ? A le lire, quand bien même on voudrait honnêtement rompre avec le paternalisme pourri de la « Françafrique », notre marge d’intervention est bien limitée. D’autant que nous rencontrons désormais sur place les Chinois, très intéressés par les énormes richesses de l’Afrique, et qui se soucient des droits de l’homme et de la démocratie comme d’une guigne.

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