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Al-Assad peut-il déstabiliser ses voisins ?

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On se souvient comment Saddam Hussein avait tenté d’entraîner Israël dans la Guerre du Golfe, en bombardant son territoire de missiles Scud. La consigne était venue de l’allié américain : surtout ne pas réagir en ripostant contre l’Irak ! Toutes représailles militaires israéliennes dans le conflit aurait permis au dictateur irakien de mobiliser à son profit l’hostilité envers Israël. Le régime de Bachar al Assad, aux abois, peut-il être tenté par le même genre de diversion contre ses voisins ?

Washington redoute, en effet, une extension de la guerre civile syrienne aux pays limitrophes. Internationaliser le conflit peut être tentant pour le régime, à mesure qu’il perd le contrôle de son propre pays.

L’Irak s’inquiète de la situation chez son voisin, avec lequel il partage une frontière longue de 600 km. A l’époque du régime de Saddam Hussein, les deux branches rivales du Baas étaient à couteau tiré. Plus récemment, en 2009, la tension est à nouveau montée entre Bagdad et Damas, quand le premier ministre irakien Nouri al-Maliki a accusé les Syriens de donner asile aux organisateurs d’attentats terroristes qui avaient dévasté plusieurs ministères de son gouvernement. Mais l’Irak, mosaïque de groupes religieux et tribaux, craint pour ses propres équilibres internes et a prévenu qu’elle n’appliquerait pas contre l’Irak les sanctions prévues par la Ligue arabe. Al-Maliki voudrait conserver un rôle d’arbitre entre les puissances sunnites – Turquie et Arabie saoudite – et l’Iran chiite.

Au Liban, la situation se tend. Les communautés sunnites qui dominent dans le Nord du pays sont accusées par Hezbollah chiite et pro-iranien, qui domine le Sud et la Bekaa, de servir de base arrière aux insurgés anti-Assad. Or le gouvernement de Najib Mikati, un homme de Tripoli, a été en partie imposé à Beyrouth par le Hezbollah, après que la milice chiite soit descendue à Beyrouth renverser celui de Saad Ariri en 2008. Le régime de Bachar al-Assad exerce de vives pressions sur ce gouvernement pour qu’il lui apporte son soutien mais Beyrouth tente de maintenir sa neutralité, de peur de voir les fragiles équilibres communautaires voler une nouvelle fois en éclats. Un important sheikh sunnite a été tué récemment dans le Nord par l’agence générale de sécurité, dont les liens avec le Hezbollah sont connus. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déclaré à Ahmad Jibril, chef du FPLP, qu’il « prendrait personnellement part à la bataille », si la Syrie était victime d’une « attaque étrangère ».

Le pays qui peut se sentir le plus directement menacé par le conflit syrien, c’est, bien sûr, Israël. Jérusalem tente d’observer une stricte neutralité dans la guerre civile, mais Bachar el-Assad pourrait être tenté de l’y faire renoncer. Les services de renseignement israéliens ont relevé que les stocks d’armes chimiques syriens – gaz sarin neurotoxique, gaz moutarde et cyanure – ont été récemment redéployés, tandis que l’armée s’exerçait au tir de missiles. L’usage de ces armes non conventionnelles contre Israël ne manquerait pas de déclencher des représailles américaines. C’est l’une des raisons qui motive l’arrivé dans la région de plusieurs porte-avions américains, l’USS John-Stennis, venu appuyer l’USS Abraham Lincoln et l’USS-Enterprise.

Mais le pays décisif pour la Syrie, c’est la Turquie. Le pays abrite plusieurs dizaines de milliers de réfugiés syriens. Damas a récemment abattu un de ses avions de combat, venu manifestement tester ses capacités électroniques de protection aérienne. Mais Ankara redoute une désintégration de la Syrie qui verrait la formation d’un Kurdistan autonome – comme en Irak. Car cela pourrait donner des idées à sa propre minorité kurde. Mais la Turquie est peut-être la seule puissance capable d’intervenir militairement en Syrie. Mais elle souhaite à tout prix l’éviter…

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