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al-Sissi, un maréchal bien embarrasant

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Face au retour de la main lourde en Egypte, les Occidentaux paraissent bien embarrassés. Les Etats-Unis, qui avaient soutenu le « Printemps arabe » en Egypte et encouragé le régime de Mohamed Morsi, ont coupé partiellement leur aide financière aux militaires depuis le coup d’Etat de juillet dernier. Ils promettent de la leur restituer dans son intégralité à la condition que le régime « prennent des mesures pour soutenir la transition démocratique ». John Kerry avait déclaré un peu rapidement que les militaires étaient « en train de restaurer la démocratie », après que les Frères Musulmans aient « volé la révolution ». Apparemment, la présidence est sur une plus ligne plus dure. En tous cas, après ce qu’on vient d’entendre lors de la première partie de cette émission, en ce qui concerne les progrès vers la démocratie, on est assez loin du compte. Et c’est un euphémisme.

A l’annonce des verdicts frappant les 700 partisans de Morsi, la porte-parole du Département d’Etat a, en effet, déclaré que les Etats-Unis étaient « choqués par des sentences qui défient la logique ».

Mais les Américains ne sont pas les seuls bâilleurs de fonds de l’Egypte. Les Saoudiens, qui avaient critiqué le lâchage d’Hosni Moubarak par Obama, en 2011, ont volé au secours du régime du maréchal al-Sissi, aussitôt que Morsi a été renversé. Afin de compenser le retrait partiel de l’aide américaine, l’Arabie saoudite a annoncé, dès juillet, une aide financière immédiate au Caire de 12 milliards, co-financée par les Emirats arabes unis et le Koweït. Plus récemment, le pays a encore bénéficié, des mêmes généreux donateurs, d’une rallonge de 8 milliards. A la différence de l’aide américaine, celle des pétromonarchies du Golfe n’est soumise à aucune condition. Les « progrès vers la démocratie » ne sont pas au menu. Plus étonnants, les propos du prince Saoud ben-Fayçal, ministre des Affaires étrangères saoudiens, selon lesquels il aurait convaincu François Hollande de faire preuve de la même compréhension envers l’Egypte.

Mais il y a un autre point sur lequel j’aimerais obtenir des éclaircissements : pourquoi le Qatar a-t-il massivement investi dans les Printemps arabes, favorisant notamment les Frères musulmans, tandis que l’Arabie saoudite, un régime pourtant réputé salafiste, préfère, de son côté, les militaires qui mettent les islamistes en prison ?

Les Saoudiens, en tous cas, semblent redouter un effondrement économique de l’Egypte. Les réserves de change du Caire sont de l’ordre de 16 milliards de dollars, juste au-dessus du seuil critique, qui permet au pays de tenir trois mois. La dette publique est équivalente à 89 % du PIB et nombre d’observateurs mettent en garde contre le risque de défaut de l’Etat égyptien. Une aide alimentaire occidentale serait alors nécessaire.

Les élections présidentielles auront lieu les 26 et 27 mai. Deux candidats sont en lice. Le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, l’auteur du coup qui a renversé le gouvernement des Frères musulmans et Hamdine Sabahi. Ce dernier avait créé la surprise aux élections de 2012, en remportant 21 % des voix, face à Mohammed Morsi, qui en avait obtenu 24,3 %. Sabahi, ce nassérien, laïc et socialisant, a-t-il une chance sérieuse de l’emporter ou n’est-il que le faire-valoir d’al-Sissi ? Autre question : Comment vont se comporter les partisans des Frères musulmans face à cette échéance électorale, dont ils sont exclus ? Boycott ? Tentative d’empêcher le déroulement du scrutin ? Soutien à Sabahi ?

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