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Algérie française : à deux doigts de la guerre civile

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« Les Français d’Algérie comptent donc sur la France pour résoudre magiquement leur histoire », écriviez-vous Pierre Nora, dans un essai paru en mars 1961 et opportunément réédité, Les Français d'Algérie.

Quelques semaines plus tôt, le peuple français, convié par de De Gaulle à se prononcer par référendum, avait plébiscité à une large majorité, la solution de l’autodétermination : 75 % de oui, le 8 janvier 1961. Et l’année suivante, il devait approuver plus massivement encore (à 90 %) les Accords d’Evian par lesquels la France refermait enfin une aventure ouverte en 1830. L’Algérie cessait d’être considérée en métropole une « plus grande France », selon l’expression de Jules Ferry. Car le colonialisme, en France, fut d’abord une politique de gauche, destinée à détourner l’armée de la tentation de la revanche contre l’Allemagne.

Comme l’écrit Jean-Pierre Rioux , si en métropole, on n’était nullement indifférent à un conflit où les enfants étaient engagés – par la mobilisation du contingent – il y avait une « détermination constante, massive, instinctive, à ne jamais laisser entraîner la métropole dans un processus de division et de violence qui pourrait déboucher sur une situation de guerre civile . »

Or, de la guerre civile, nous ne sommes pas passés loin , entre la fin des années 50 et ce début des années 60, qui voient le règlement, par de Gaulle, de la « question algérienne ». La proclamation, par le général Salan, commandant en chef de l’armée française en Algérie, d’un « comité de salut public », le 13 mai 58 , fut un défi lancé aux gouvernements faibles et mal élus qui se succèdent à un rythme accéléré à Paris, depuis les élections de janvier 1956.

Et ce sont les évènements d’Algérie qui provoquèrent ainsi l’effondrement de la IV° République et le retour de de Gaulle aux affaires. A nouveau, le putsch des généraux d’Algérie, le 22 avril 1961, s’emparant du gouvernement général et proclamant leur refus du processus engagé par de Gaulle, risquait de précipiter le pays dans la guerre civile. Seul, « l’Etat fort », l’article 16, « le pouvoir personnel » permirent d’y échapper.

Et ce risque, le risque de la guerre civile, on le lit dans ce livre, « Les Français d’Algérie », qu’avait écrit à chaud, le jeune universitaire que vous étiez alors, de retour d’une année d’enseignement à Oran. Vous décriviez un peuple pied-noir frappé « d’irréalisme », bercé dans son « infantilisme politique », ayant toujours pratiqué une « fuite devant l’histoire », qui ne pouvait que se terminer tragiquement, lorsque l’histoire le rattrape.

Dans la mesure où « l’unique force dont disposent les Français d’Algérie, est celle que la métropole ne leur a jamais marchandée : la souveraineté française », vous préconisiez qu’on coupe ce « cordon ombilical » et qu’on les laisse se débrouiller avec une majorité arabo-berbère, qu’ils avaient maintenue par un système paternaliste, dans l’infériorité politique et sociale.

Vous estimiez à 250 000 les Français d’Algérie qui devaient rentrer en métropole ; les autres, vous les voyiez « manifester leur incroyable don d’adaptation » en demeurant sur place. C’était très optimiste. 355 000 départs auront lieu dès le mois de juin. Après la proclamation de l’Indépendance, le 3 juillet, et les massacres d’Européens, à Oran, les derniers pieds-noirs abandonnent leurs biens et leurs cimetières … C’était « la valise ou le cercueil ». Sur les 120 000 harkis ayant servi dans l’armée française, 100 000 sont abandonnés sur place, promis à un destin atroce.

Dans une tribune remarquée, consacrée à l’expansion, sous influence américaine, de la « world history », vous avez écrit que « la guerre d’Algérie » a pris des allures de guerre de Sécession ». Pourriez-vous développer cette comparaison, alors que, précisément, la guerre civile, c’est précisément ce que nous avons, nous, su éviter de justesse ?

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