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Algérie : le calme avant la tempête ?

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Comme il paraît loin le printemps des révolutions arabes ! On demandait : pourquoi l’Algérie ne bouge-t-elle pas ? Est-elle traumatisée par la guerre avec les islamistes, lors des années 90, au point d’hésiter au seuil de la démocratie ? Quand la jeunesse algérienne va-t-elle se révolter contre le système prédateur qui pompe et détourne à son profit les richesses tirées du pétrole et du gaz ? Aujourd’hui, l’Algérie, où le président Bouteflika, très affaibli, vient d’entamer, à 78 ans , son quatrième mandat, fait figure de pays stable, doté d’un Etat puissant , adossé à une armée redoutée. Au point que le président français, après le Secrétaire d’Etat américain, vienne lui demander son aide dans la lutte contre le terrorisme islamiste , tant au sud, du côté du Mali, qu’à l’est, face au chaos libyen, où prolifèrent les infiltrations de Daech.

Mais cette apparence de stabilité dissimule un Etat plus fragile qu’il n’y paraît. Le remaniement ministériel important qui a eu lieu en mai – dix ministres ont été priés d’abandonner leur portefeuille, dont ceux de l’Intérieur, des finances et de l’énergie – excusez du peu. Des hommes nommés l’an dernier, mais fortement soupçonnés d’avoir trempé dans des affaires de corruption. Derrière ce théâtre d’ombre, la lutte pour le pouvoir et l’accaparement de la rente pétrolière se poursuit sourdement entre le clan présidentiel, le FNL, l’armée et le Département du renseignement et de la sécurité (le DRS). Le général Touati, considéré comme proche du DRS, a été démis par la présidence de son titre conseiller à la Défense. Et le numéro deux du DRS, Ahman Tartag, a été démis de ses fonctions. Le DRS a répliqué en dénonçant la corruption au sein du gouvernement.

Abdelaziz Bouteflika a montré qu’il tenait encore le FNL, en faisant tomber Abdelaziz Belkhaddem, à l’automne dernier. Officiellement donc, le président préside et la succession de Bouteflika n’est pas ouverte. En fait, le maintien du vieux président au palais Zeralda arrange tout le monde. Mais dans l’ombre, cela s’agite.

Car c’est le calme avant la tempête et bien des choses laissent à penser que la succession de Bouteflika ne se fera pas de manière pacifique et tranquille.

Bouteflika
Bouteflika Crédits : France 24

C’est que le pouvoir ne peut plus acheter la paix sociale avec le revenu du gaz et du pétrole, comme il l’a fait constamment dans le passé. Avec la chute des cours, l’économie algérienne, entièrement dépendante de l’exportation des hydrocarbures, est en train de s’effondrer . L’Etat algérien, habitué à un haut niveau de dépenses publiques, en dépendait pour 70 % de ses revenus. Pour la première fois, l’an dernier, la balance commerciale du pays a été déficitaire – d’environ 2 % du PIB. Et ses réserves de change, si elles demeurent substantielles, fondent à grande vitesse. Pour compenser la baisse de sa production, l’Algérie s’est lancée dans la prospection du gaz de schiste . Ce qui a provoqué des émeutes dans les régions concernées, notamment à Ain Salah.

Depuis 2011, le gouvernement promet d’amender la Constitution, afin de libéraliser le régime, mais on ne voit rien venir et l’opposition refuse de participer à la discussion. Pendant ce temps, le mécontentement populaire, celui de la jeunesse, en particulier, est de plus en plus perceptible. Il pourrait déboucher sur une crise dont nul ne peut prévoir l’issue.

François Hollande aura été bien inspiré de ne pas apparaître comme cherchant à peser sur la vie politique intérieure algérienne. Mais qu’a-t-il obtenu concernant l’endiguement du djihadisme, au Sud et à l’Est ? L’Algérie peut-elle protéger la petite Tunisie de son dangereux voisin libyen ? Que nous réserve l’après-Bouteflika ?

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