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Alias Caracalla

4 min
À retrouver dans l'émission

On apprend énormément de choses en lisant « Alias Caracalla » de Daniel Cordier. Je prends dans l’ordre. Que les jeunes gens qui débarquaient à Londres pour rejoindre de Gaulle en juin 1940 étaient considérés par le consul de France comme des « déserteurs » et vivement incités à rentrer chez eux… D’ailleurs, sur les 19 000 militaires réfugiés en Angleterre à l’époque, seuls 900 se sont engagés les 10 000 autres sont rentrés en France occupée. Lors de votre premier contact avec le chef de la France libre, vous avez trouvé le général de Gaulle « froid, distant, impénétrable, plutôt antipathique ». Mais vous avez perçu chez l’homme une « doctrine », fondée sur la conviction que les Anglo-saxons ne déposeraient jamais les armes, face à Hitler, et que la France devait être présente à leurs côtés, le jour de la victoire. C’est pourquoi vous êtes devenu « un inconditionnel » du général – du moins jusqu’en 1947, lorsque le libérateur fonda son propre parti politique. Car vous n’avez jamais été gaulliste. En 1958, vous faisiez partie de ces hommes de gauche qui ont cru sérieusement que le général amenait avec lui la dictature. A Londres, vous avez été frappé par l’intelligence et la gentillesse de Raymond Aron – très critique envers la bourgeoisie française. En juillet 42, Aron vous charge d’un message aux résistants – il faudra s’opposer à de Gaulle après la guerre. C’est un ambitieux. En août 1940, vous écrivez dans votre Journal : « J’engage toutes mes forces et toute ma vie à ce seul but : refaire une France libre et chrétienne ». A cette époque, vous ne combattez nullement pour la République – qui n’a pas votre sympathie – mais pour « la France et la France seule ». mais progressivement, vous constatez que votre ancienne doctrine politique – maurrassienne – est « inadaptée aux circonstances ». Et, à la fin de 1941, vous rompez mentalement avec Maurras. Initialement, vous aviez pour mission d’être le radio et secrétaire de Georges Bidault. Vous débarquez clandestinement en France en juillet 1942 avec des chaussettes anglaises, un poste de radio et une pilule de cyanure – à avaler en cas d’arrestation. Bien que vous lui ayez avoué vos anciennes opinions d’extrême-droite, Jean Moulin, homme de gauche et chef de la Résistance en France occupée, vous prend comme secrétaire à Lyon. C’est là véritablement que votre vie bascule. Car vous allez être le témoin des secrets de la Résistance. Paradoxe absolu : c’est à la lecture des Décombres de Rebatet (un écrivain authentiquement fasciste) que vous devez votre rupture définitive avec le maurrassisme qui a empoisonné votre jeunesse. Vous êtes précis sur les débats qui animent la Résistance, dès l’été 42, sur l’attitude qu’il convient d’adopter envers les anciens partis de la III° République qui, tous sauf le PCF, illégal, ont voté les pleins pouvoirs à Pétain. Mais si les gaullistes nettoyaient l’ancien régime, ils tomberaient sous l’inculpation morale de fascisme. La position de Jean Moulin, représentant du général en France occupée, mais républicain affirmé, est complexe. Jean Moulin eut bien des difficultés à faire reconnaître son autorité par les différents réseaux de Résistance, Libération (très Front Populaire), Combat (dirigé par un homme, Frenay, que vous soupçonnez d’être un fasciste et auquel vous vous opposerez violemment bien des années plus tard) et Franc-Tireur, tout occupés de leurs querelles locales. Il a pour mission de recruter des personnalités importantes, afin de doter la Résistance d’une crédibilité politique. En septembre 1942, vous êtes informé des rafles de Juifs. Vous relevez que l’opinion, quoique travaillée par l’antisémitisme, s’en émeut. Et que deux évêques, Mgr Salièges et Théas) font lire en chaire à leurs fidèles des pastorales condamnant ces persécutions. Vous vous faites remonter les bretelles par Jean Moulin, lorsque vous vous en prenez à Pierre Cot, qu’on soupçonnait d’être un agent soviétique et que vous envisagiez froidement de « faire fusiller à la Libération ». Et puisqu’il m’est impossible de résumer Alias Caracalla au-delà de la page 577, je vous pose la question : en quoi les attaques de Frenay contre Jean Moulin, lors d’une fameuse émission de télévision, vous ont-elles amené à revenir sur cette période de votre vie, que vous aviez décidé de garder pour vous ? Pourquoi, lorsque vous vous êtes fait historien, pour défendre la mémoire de votre patron, Jean Moulin, avez-vous voué un tel culte aux archives, en vous défiant des témoignages, alors que vous avez-vous-même été un témoin doté d’une prodigieuse mémoire ?

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