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Allons-nous mourir plus tôt ?

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En France, tout est prétexte à confrontation. La démographie, au sein de sciences humaines, passe pour être la moins contaminée par le démon de l’idéologie. Quoi de plus indiscutable, axiologiquement neutre et non engagé que l’étude de la dynamique des populations ? Les faits observés y dépendent moins qu’ailleurs de la perception des chercheurs ils ne sont pas construits. Mesurer le nombre de personnes nées et celui de celles qui sont décédées lors d’une année dans un pays donné ne nécessite pas d’interroger les acteurs sur le sens qu’ils donnent à ces faits. On peut, bien sûr, tenter d’interpréter les poussées soudaines des naissances et imaginer que si le baby-boom de l’après-guerre a commencé sous l’Occupation, c’est parce que les Français rêvaient de revanche qu’ils enviaient à une Allemagne victorieuse sa forte natalité d’entre les deux guerres. Mais on peut aussi l’expliquer par l’ennui ressenti, par le froid qui régnait durant les durs hivers de cette époque dans les logis non chauffés…

Les dernières données fournies par l’INSEE pour 2015 montrent l’existence de deux phénomènes : un ralentissement des naissances : 19 000 de moins qu’en 2014 et une baisse de l’espérance de vie, tant pour les femmes (moins 4 mois) que pour les hommes (moins trois mois).

Pour les uns, ces deux phénomènes sont purement conjoncturels il ne convient pas de les surinterpréter ils ne présagent en rien d’une inversion de tendance. La baisse des naissances correspond à une simple fluctuation la preuve : on en revient au niveau qui était celui de la France en 2004-2005. Et l’explication de cette baisse se trouve dans la pyramide démographique : les femmes en âge de procréer, c’est-à-dire âgées de 20 à 40 ans sont moins nombreuses.

Mais pour d’autres, il s’agit de la conséquence des « coups de rabot » successifs portés par les gouvernements successifs à la politique familiale . Depuis l’élection de François Hollande à la présidence de la République, le quotient familial, qui permet d’alléger sensiblement les impôts directs des familles nombreuses a été plusieurs fois réaménagé. Cela ne concerne pas que les riches, puisque selon la Caisse nationale des allocations familiales, ces mesures ont affecté négativement les revenus d’un million quatre cent mille foyers .

Les effets ont été aggravés par plusieurs autres, comme la baisse des allocations familiales des ménages gagnant ensemble 6 000 euros par moi, ou encore la réduction de la prestation d’accueil du jeune enfant. Selon l’Union nationale des associations familiales, « Les remises en cause répétées et massives de la politique familiale ont fini par entamer la confiance des ménages ». Les familles des classes moyennes hésiteraient davantage aujourd’hui devant la perspective du 3° enfant.

familles
familles Crédits : Familles - Radio France

De même, la baisse de l’espérance de vie est attribuée par les uns à des facteurs purement conjoncturels : l’épidémie de grippe, la canicule de juillet. Mais d’autres veulent y voir un véritable retournement de tendance, que les mauvais résultats de 2012 avaient, d’ailleurs, anticipés. Cette année-là, en effet, comme l’avait constaté l’INSEE, l’espérance de vie avait déjà « marqué le pas », en baissant très légèrement à 60 ans.

Et certains n’hésitent pas à mettre en cause des facteurs sociaux et environnementaux. Lesquels ? Hé bien le recul de l’âge du départ en retraite, qui est amorcé, la détérioration des conditions de travail, l’apparition des déserts médicaux, la baisse tendancielle des remboursements par la Sécurité sociale, qui contraint de plus en plus de personnes à renoncer aux soins médicaux, devenus pour eux inabordables , lorsqu’elles ne disposent pas d’une mutuelle. C’est notamment le cas, pour de nombreux chômeurs. Selon un chercheur de l’INSERM (Pierre Meneton), le chômage tuerait entre 10 et 20 000 personnes par an.

Enfin, il y a la pollution , l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons et surtout notre alimentation. Comment expliquer l’explosion des maladies telles que le diabète ou les cancers, dans toutes les tranches d’âge ? Jean-Pierre Coffe ou Périco Légasse nous répètent que nous ingérons des produits de plus en plus saturés de colorants et d’exhausteurs de goût, gavés de sucre ou trop salés.

Nous verrons bien au cours des années à venir si notre espérance poursuit l’augmentation qu’elle a connue depuis des décennies, ou si la tendance s’inverse. Ce que nul ne peut exclure.

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