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Amours fragiles, bédé subtile

4 min
À retrouver dans l'émission

La série « Amours fragiles », dont le 7° tome vient de paraître est un chef d’œuvre de la bande dessinée historique. Cette saga nous plonge, en effet, au cœur de la deuxième guerre mondiale avec une intelligence servie par un formidable réalisme. Le sens de cette reconstitution historique apparaît progressivement. Même s’ils mettent en scène des personnages que nous retrouvons avec bonheur, ses différents épisodes ne se contentent pas d’épouser une progression chronologique chaque album est, en effet, consacré à un des aspects du conflit, choisi par les auteurs.

Le premier, intitulé Le dernier printemps nous projette dans une Allemagne des années trente qui sert de cadre aux années de formation des héros. Martin, jeune homme timide et idéaliste, fils unique d’une famille de la petite bourgeoisie, tombe amoureux de sa jolie voisine, la fille d’un médecin spécialiste. Elle le trouve un peu gauche et essaie de lui refourguer sa meilleure amie. Mais Martin ne veut pas de la blonde Andréa. C’est de Katarina la brune qu’il est amoureux et cet amour de jeunesse va déterminer le reste de sa vie. Car si tous ces lycéens et étudiants se retrouvent lors de surprises-parties, flirtent au cinéma ou dans les grandes roues des fêtes foraines, d’étranges uniformes apparaissent dans les rues. Hitler prend le pouvoir et l’étau commence à se resserrer sur la société allemande. Or, Katarina est juive. Ce qui n’était qu’un détail de sa biographie est en train de devenir une malédiction et une prédestination à l’assassinat. Cela fera aussi de Martin un ennemi du régime.

Dès ce premier volume, les auteurs Philippe Richelle et Jean-Michel Beuriot, ont mis au point leur technique : les évènements politiques et guerriers servent d’arrière-fond. C’est la vie quotidienne des personnages , extrêmement attachants, que déploient, pour nous, les auteurs. Nous ne sommes pas dans la grande histoire, mais du côté des gens comme vous et moi.

Dans le 2° tome,Un été à Paris , Martin, prétextant une thèse, a fui l’Allemagne et partage la vie de bohême d’un couple d’exilés. Katarina, devenue Catherine travaille dans un journal. Le vrai sujet, c’est la vie difficile des émigrés anti-nazis dans la France d’avant-guerre : déclassement, misère et tracasseries policières.

Maria, le 3° volume d’Amours fragiles, est consacré à l’obscur courage des résistants allemands anti-nazis . On est dans l’esprit de la Rose Blanche. Le danger se rapproche. La gestapo rôde, mais l’ambiance est provinciale, et même campagnarde. Comme toujours, dans la série, les petits détails de la vie quotidienne vibrent aux grands courants glacés de l’histoire. Mais comme on est toujours au plus près de la vie des simples gens, l’implication du lecteur est totale.

amours fragiles
amours fragiles Crédits : Casterman

Katarina , le 4° tome, met en scène « l’aryanisation » des biens juifs en France occupée . L’oncle de Katarina, dirigeant d’une PME, est progressivement chassé de l’entreprise qu’il a créée parce qu’il est Juif. Jusqu’au bout, en « bon Français » désireux de respecter les lois de son pays, il s’accroche à l’illusion que Vichy protègera les « bons Juifs ». Là encore, on assiste à un étranglement progressif, à l’écrasement d’un homme par une mécanique implacable.

Résistance , 5° album est consacré, comme son nom l’indique, à la Résistance française . Boîtes aux lettres, souricières, agents torturés et retournés, trahisons. Les personnages s’interrogent sur le sens de leur action, sa valeur militaire réelle. La tonalité de la série n’est jamais à l’héroïsme. Mais bien plutôt à la mélancolie. On pense souvent à Modiano. A Loustal.

Il faut attendre le 6° volume d’Amours fragiles, L’Armée indigne , pour être plongé dans la vraie guerre. Mais, comme toujours dans la série, les combats sont lointains. La Wehrmacht reflue sur le front de l’est . Nous sommes en Ukraine. Deux sujets : le moral des soldats allemands, la surveillance policière dont ils sont victimes et les atrocités commises par les Einsatzgruppen alors que l’armée allemande reflue, elle tente d’en effacer les traces.

Pour en finir, qui vient de paraître, n’apporte pas la conclusion de la saga, malgré son titre. Ce volume nous plonge dans la préparation du complot des officiers , qui cherchent à abattre Hitler. Martin est mêlé au complot du 20 juillet 1944. Notre héros a mûri. Ses traits se sont durcis, marqués par l’amertume. On lui souhaite de retrouver Katarina…

J’espère vous avoir donner envie de commencer Amours fragiles. Si c’était déjà fait, vous en êtes au 7° volume, comme moi…

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