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Après le Brexit, éviter l'effet-domino

4 min
À retrouver dans l'émission

Prendre son temps avant d'ouvrir les négociations entre l'UE et ce qui va rester de l'ancienne "Grande-Bretagne".

Et maintenant comment éviter, après le Brexit, l’effet-domino ? Oui, Comment dissuader les pays du Nord, contributeurs nets au budget européen, d’organiser à leur tour des référendums sur le maintien dans l’Union européenne ? Car ils risqueraient fort d’être tout aussi perdus que celui qui vient d’avoir lieu au Royaume-Uni. Comment empêcher que le Brexit entraîne un détricotage général de ce qui a été patiemment tissé en deux générations ?

L’économiste Charles Wyplosz a raison de relever, sur telos, que la vision britannique de l’Union européenne – le marché commun, rien que le marché commun – est partagée par la plupart des pays du Nord, mais aussi par beaucoup de pays d’Europe centrale. La « machinerie intégrationniste », comme il appelle Bruxelles a cherché à leur « forcer la main ». La logique de la construction européenne, c’est celle de « l’union toujours plus étroite », de « l’intégration toujours plus poussée ». Prendre prétexte du départ britannique pour engager un nouvel « approfondissement », comme y engagent certains commentateurs apparaîtrait comme une provocation.

D’autant que ce serait s’engager dans une impasse, selon le financier George Soros : les tensions entre Etats sont en ce moment très fortes en Europe. Sur la question des migrants, bien sûr. Mais aussi, au sein de la zone euro, entre pays créditeurs et pays débiteurs, partisans de l’équilibre budgétaire et partisans d’une relance au niveau de l’Europe elle-même.

De toute façon, une telle initiative ne pourrait venir que du couple franco-allemand. Pas de chance, Hollande et Merkel, affaiblis politiquement, sont en outre exposés à des élections l’an prochain. Ils n’ont ni le temps, ni la légitimité nécessaire pour des propositions audacieuses.

En outre, comme l’écrit Dominique Moïsi dans Les Echos, la Grande-Bretagne est peut-être « devenue l’avant-garde, le porte-parole d’un ensemble qui, de l’Europe aux Etats-Unis, en passant par les Philippines, dit « non », en vrac et de manière syncrétique, à la mondialisation et à ses élites, à la croissance des inégalités et à l’existence de « l’autre » à ses côtés comme dimension incontournable de la vie quotidienne ».

L’économiste de la Columbia Jeffrey Sachs évoque carrément une « guerre de classe » : ce sont les ouvriers anglais qui ont voté, certes, contre l’Europe et l’immigration, mais aussi contre la City de Londres et ses traders. Victimes de la mondialisation contre bénéficiaires.

Pour éviter la contagion, Paris voudrait punir les Anglais. Berlin n’est pas sur cette ligne. De toute façon, les Anglais se sont punis tout seuls. Chris Patten, l’ancien gouverneur britannique de Hong Kong cite Churchill : « Le problème, quand on commet un suicide politique, c’est qu’on a toute la vie pour le regretter. » Le Royaume-Uni achève son histoire : l’Ecosse, qui a refusé le Brexit à 62 %, va voter pour l’indépendance. Et le Sinn Fein a de bonnes chances d’obtenir l’unification de l’Irlande. L’Angleterre pourrait perdre jusqu’à Gibraltar… Les Anglais n’ont pas voté seulement contre leurs intérêts au nom de leur souveraineté, ils ont mis en branle le processus d’auto-destruction politique d’un des plus vieux Etats d’Europe : la fondation du royaume de Grande-Bretagne, par l’Acte d’Union, remonte à 1707 !

Il faut renoncer à « faire un exemple », à « donner une leçon ». Un tel comportement ne pourrait qu’aggraver les exaspérations populaires anti-bruxelloises et compliquer les futures négociations. Selon le Britannique Mark Leonard, europhile de toujours et patron du think tank European Council on Foreign Relations, il y aurait en Europe 47 partis europhobes à des degrés divers. Et contrairement à ce qu’on dit parfois, ils ne sont pas tous systématiquement écartés du pouvoir. Beaucoup y participent, lorsqu’ils ne dirigent pas carrément le gouvernement – comme Droit et Justice, en Pologne, Viktor Orban, en Hongrie.

Il faut laisser aux Britanniques le temps de surmonter l’une des pires crises politiques de leur histoire. Ensuite pourront s’ouvrir les négociations pour un statut d’association qui préserve autant de domaines de coopération que possible. Si l’UE faisait preuve d’une intransigeance qu’elle n’a pas manifestée envers d’autres pays associés comme la Suisse et la Norvège, elle exacerberait le chauvinisme anglais. Nous n’avons vraiment pas besoin de ça !

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