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Après les élections, un leadership allemand ?

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Dans une Europe qui ne sait plus ce qu’elle représente, ni dans quelle direction elle peut aller, jamais le besoin de leadership ne s’est fait autant sentir. Y a-t-il un pilote dans l’avion européen ? Ou est-il maintenu en pilotage automatique par la norme et le marché, comme l’a prétendu Zaki Laïdi ? Par temps calme, ce mode de fonctionnement peut permettre au pilote de folâtrer impunément avec l’hôtesse de l’air, mais lorsque surviennent d’importantes perturbations ?

Pendant des décennies, il y avait, dans l’avion européen, un pilote et un co-pilote. La France s’imaginait occuper le siège du pilote et l’Allemagne lui concédait cette illusion avec bienveillance. N’oublions pas qu’en allemand, leadership se dit Führung – un de ces mots devenus imprononçables pour cause de compromission idéologique avec le III° Reich…

La dégringolade de l’économie française , notre apparente incapacité à entreprendre à notre tour les courageuses réformes qui ont permis à nos voisins de rester la deuxième puissance exportatrice du monde, de dégager des excédents budgétaires, de frôler le plein emploi, ont ruiné notre crédibilité. La France est dorénavant, en Europe, le pays qu’il ne faut pas imiter, l’anti-modèle. Et tout le monde se tourne vers la riche Allemagne pour lui demander de montrer le chemin.

Mais comme l’écrivait récemment l’intellectuel britannique Timothy Garton Ash dans la New York Review of Books, lorsque les Allemands entendent qu’on les presse d’exercer leur leadership en Europe, ils comprennent qu’on en veut à leur portefeuille…

Cette « répugnance à diriger », poursuit Garton Ash s’explique par l’histoire : l’union monétaire européenne, conçue au lendemain de la réunification, n’était pas un projet allemand pour dominer l’Europe, mais un projet européen pour entraver l’Allemagne. Le président de la Bundesbank de l’époque était contre. Mais comme l’a confié plus tard Helmut Kohl, « l’Allemagne avait besoin d’amis ».

Or, le chancelier de la réunification avait vu juste : sans union fiscale, l’union monétaire était bancale. On s’en est aperçu lorsque la crise financière mondiale est venue ébranler nos banques et nos Etats. Depuis, tout le monde se tourne vers Berlin pour demander soutien et conseils. Et il arrive aux Allemands ce que Bismarck, dans un fameux discours les avait exhortés à ne jamais devenir : les instituteurs de l’Europe .

Parce que l’opinion publique allemande estime avoir déjà assez payé pour le renflouement des autres, donné son feu vert au Mécanisme européen de stabilité, qu’elle a abondé de 190 milliards d’euros, l’Allemagne rechigne à s’engager plus avant. Le programme OMT , d’opérations monétaires sur titre, qui permettrait à la BCE de « tout faire » pour sauver un Etat membre menacé, quitte à racheter de manière illimitée sa dette souveraine, passe mal dans l’opinion publique. Or, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe doit se prononcer, cet automne, sur sa légalité.

Les élites politiques ont beau répéter, tel Marcel Fratzscher sur Project Syndicate, qu’il s’agit d’un bazooka, qui a vocation à ne jamais être utilisé, la population allemande, elle, pense qu’on en veut encore à son argent. Que les autres fassent comme nous, qu’ils deviennent sérieux, travailleurs, et compétitifs. Mais comme dit encore Garton Ash, il ne peut pas y avoir deux en Allemagnes en Europe, comme il ne saurait y avoir deux Chines dans le monde globalisé. La prospérité de l'Allemagne est fondée sur ses exportations. Pour que nous puissions continuer à nous équiper chez elle, elle a besoin de notre propre prospérité .

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