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Art contemporain : les collectionneurs font la loi

3 min
À retrouver dans l'émission

La Fiac, ça pèse combien ? Paris reste-t-il une place importante dans un marché de l’art contemporain où les émergents – et les Chinois en particulier – ont pris des positions extrêmement fortes ? Pas uniquement sur le plan de la création (Zhang Xiaogang, Ai Wei Wei et Liu Xiaodong), mais aussi sur le volume d’affaires, l’argent dépensé. Il est difficile de se faire une idée précise. Car les chiffres divergent selon ce qu’on prend en compte.

Si l’on s’en tient aux ventes aux enchères, la France, en quatrième place derrière les Etats-Unis, la Chine et le Royaume-Uni, ne fait pas mauvaise figure : 1 230 millions, pas loin du numéro trois britannique, qui affiche 3 milliards cinq. Mais en volume d’œuvres d’art vendues dans les ventes aux enchères, selon les données fournies par Artprice (leader mondial, société française), la place de Paris arrive toujours en 4° position, mais elle fait pâle figure. Etats-Unis et Chine représentent chacun un tiers du marché mondial, suivi par le Royaume-Uni, avec 21 %. La France, elle, est très loin derrière, avec un peu moins de 3%. Ce qui fait dire à Thierry Ehrmann, le PDG d’Artprice, que la France est devenue le « parent pauvre d’un marché de l’art contemporain en pleine ébullition ». « La France, en art contemporain, n’existe pratiquement plus », dit-il encore.

Le fait est que le nombre de collectionneurs a explosé depuis le début du millénaire. Au même rythme que celui de l’enrichissement spectaculaire des émergents : on est passé de 500 000 acheteurs à 70 millions en une douzaine d’années. En outre, de nouveaux musées se créent sans cesse sur la planète, qui ont besoin de se fournir. Ils vont à la foire pour y faire leurs emplettes.

Ils viendront à la Fiac parce que la manifestation a su se rajeunir et se diversifier. Outre le Grand Palais, la manifestation investit toute sorte de lieux, explose à travers tout Paris, proposant des parcours et un off. Sans doute pour répondre à sa grande rivale londonienne, la très branchée Frieze, qui a dorénavant sa Frieze Master, sous une tente très chic, à Regent’s Park, où se négocient les grandes œuvres du XX° siècle.

Quelle sera la tendance de la Fiac ? Trop tôt pour se faire une idée. Mais dans le Financial Times, on pouvait lire un excellent article sur le Frieze sous la plume de Peter Aspden. « Les foires d’art contemporain combinent le tape-à-l’œil du supermarché avec le caractère conceptuellement malin qui était le fait des intellectuels de province disposant d’un excès de loisirs ».

Sur la tendance, ce critique relevait que plus les artistes se sont mis à valoir cher, plus leurs créations ont adopté un ton résolument anti-élitiste. L’art du moment, à la manière d’un Jeff Koones, cherche l’accessibilité immédiate . Il a renoncé à narguer les limites du consensus moral et social. Il ne conteste plus guère la société. Pas étonnant, l’art contemporain est devenu une affaire de marketing . On y spécule comme à la bourse. Où sont passés les transgressifs qui faisaient rugir le bourgeois ? Aujourd’hui, les clients sont de grands bourgeois transgressifs et les artistes d’avisés publicitaires.

Ce sont les collectionneurs – François Pinault, Steve Cohen, Charles Saatchi, Eli Broad qui font et défont les cotes, en connivence avec les grands galeristes. Pas les musées. L’art est d’ailleurs devenu l’un des produits de spéculation les plus appréciés, à égalité avec les produits financiers. Mais bizarrement, les belles âmes qu’indignent les dérives de la finance ne trouvent rien à redire à ce que de vulgaires gadgets marketés puissent s’échanger à des prix qui font offense à la décence. Le nom de l’artiste – devenu une marque – constitue la seule valeur qu’on puisse leur reconnaître. La finance, au moins, permet entre autres à nos Etats de continuer à vivre à crédit. L’art contemporain, ou ce qui en tient lieu, lui, sert à quoi ?

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