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Atomic Anne et la filière nucléaire

4 min
À retrouver dans l'émission

Les acteurs du nucléaire français ne sont pas nombreux : EDF, Areva, pour l’essentiel, et puis Alstom, Bouygues, Vinci et, bien sûr, le Commissariat à l’énergie atomique, le CEA. Mais si notre pays bénéficie, dans ce domaine, d’une solide expertise, un certain nombre d’expériences malheureuses sont venues montrer que notre fameuse « filière nucléaire » était en train de perdre du terrain au plan mondial. On songe en particulier, à l’échec des Français face au Coréen Kepco pour la construction de 4 centrales nucléaires aux Emirats arabes unis , fin 2009. C’est 20 milliards de dollars qui sont alors passés sous le nez d’Areva.

On a beaucoup dit que les bagarres internes au camp français n’avaient pas arrangé nos affaires, notamment celle qui a opposé Areva à EDF . Immédiatement après ce fiasco, en tous cas, Henri Proglio , un proche de Nicolas Sarkozy a été nommé patron d’EDF, avec mission de constituer, sous l’égide de l’Etat-stratège, un de ces « Meccanos industriels » dont notre jacobinisme a le secret. Cela passe par la prise de contrôle d’Areva par EDF, auquel l’électricien a toujours reproché de vouloir contrôler toute la filière, de l’extraction d’uranium à la gestion des déchets.

Pour revendiquer ainsi le leadership, Proglio s’appuie sur les récents échecs d’Areva : les surcoûts accumulés dans la construction du réacteur EPR en Finlande – entre 2005, année du lancement du projet et aujourd’hui, la facture a plus que doublé, passant des 3 milliards d’euros initiaux à 6,6 milliards. Et surtout la désastreuse OPA sur UraMin , rachetée par Areva 1 milliard 820 millions d’euros en 2007, alors que son cours était au plus haut. Pour une valeur estimée aujourd’hui par un Rapport parlementaire à 410 millions… On se souvient qu’une commission d’enquête lancée par votre successeur à la direction d’Areva a conclu qu’il n’y avait pas eu « escroquerie », mais seulement « dysfonctionnement » et que vos indemnités de licenciement – 1 500 000 Euros, ont seulement alors été débloquées.

Mais la messe n’est pas dite. La guerre des chefs pour le contrôle du nucléaire continue à vous opposer, vous, Anne Lauvergeon, ex-patronne d’Areva, débarquée par Nicolas Sarkozy l’an dernier, à Henri Proglio, patron d’EDF. Pour la petite histoire, c’est aussi une guerre entre deux des plus grands cabinets de conseil en communication du pays : du côté d’Anne Lauvergeon, Image 7, à ceux d’Henri Proglio, Euro RSCG. Situation paradoxale, puisque Anne Méaux , la patronne d’Image 7, a surtout travaillé pour la droite (VGE, Alain Madelin, Edouard Balladur) et que Stéphane Fouks, celui d’Euro RSCG , est un ancien militant socialiste qui a beaucoup œuvré pour la gauche (DSK, en particulier).

Areva est une société bâtie par vous-même, Anne Lauvergeon, en juillet 2001, alors que vous étiez la patronne d’une des composantes principales de ce conglomérat, la Cogema . Vous êtes une grande patronne de gauche , nommée PDG de la Cogema par Dominique Strauss Kahn. Tout votre itinéraire en témoigne, depuis le cabinet de François Mitterrand (vous avez été secrétaire-générale adjointe de l’Elysée) jusqu’au Conseil de surveillance du quotidien Libération dont vous êtes la présidente depuis l’an dernier.

C’est pourquoi vos sorties contre « le système de clans et de prébendes » situé à l’Elysée à quelques jours des élections présidentielles ont été retoquées par votre grand rival, Henri Proglio, comme « une polémique inutile, lancée par gens qui ont des ambitions politiques et qui font des campagnes politiques ». On vous donnait, en effet, pour une possible ministre de l’Industrie ou de l’Economie d’un gouvernement François Hollande, jusqu’à ce que ce dernier, interrogé à ce sujet, réponde : « Tant que les Français ne se sont pas prononcés, je ne forme aucune équipe et Anne Lauvergeon, que je connais et apprécie, est d’abord une dirigeante d’entreprise. »

On sait que François Hollande entend composer un gouvernement de politiques – des élus, pas des technos. Mais vous feriez, ma foi, une très bonne patronne de gauche pour la filière nucléaire civile française que François Hollande n’entend nullement démanteler… Est-ce que ça vous tente ?

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