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Au PS, ce sont les réformistes, minoritaires, qui gouvernent

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« Je désire adhérer au Parti socialiste, pour soutenir Michel Rocard ». Je n’oublierai jamais la farouche gravité, l’accent de défi avec lequel, jeune homme de 17 ou 18 ans, vous avez lancé cette phrase au secrétaire de la section du IV° arrondissement du Parti socialiste. On était en 1980 et les rocardiens n’étaient pas spécialement bien vus, au PS. Pour en avoir fait partie, je peux en témoigner aujourd’hui. Il y a prescription…

Se déroulait, au sein du PS, un combat intellectuel de fond entre ce qu’on appelait première et deuxième gauche . Jean-Pierre Chevènement, leader du CERES, accusait Michel Rocard d’être l’incarnation d’une « gauche américaine ». Le rocardisme, pour lui, risquait de précipiter le Parti socialiste vers l’équivalent du Congrès de Bad Godesberg, par lequel le SPD avait « fait le choix d’une gestion « sociale » de l’économie de marché capitaliste ». Les rocardiens répliquaient en accusant leurs adversaires d’étatisme, d’autoritarisme, de guesdisme.

35 ans plus tard, vous voilà premier ministre, comme votre mentor, Michel Rocard l’a été de 1988 à 1991. Et le vieux clivage entre première et deuxième gauche semble réactivé. Les enfants de Chevènement, patriotes et dirigistes, comme Arnaud Montebourg, font face à des réformistes dans votre genre, couvés par Michel Rocard .

Le clivage porte, en premier lieu, sur les questions économiques. Il oppose les partisans d’une politique de l’offre , désireux de parvenir à un compromis avec le patronat, aux partisans de la demande , qui dénoncent une politique d’austérité, alignée sur les obsessions financières de l’Allemagne.

La différence avec les années passées, c’est que cette fois, le conflit a lieu alors que le PS est au pouvoir. Situation périlleuse. On l’a bien vu lors du passage au forceps de la Loi Macron : la politique que vous incarnez, monsieur le Premier ministre, ne dispose plus d’une réelle majorité au Parlement. Vous voilà dans la situation de Rocard en 88… On dirait que les réformistes sont condamnés à demeurer minoritaires dans leur propre camp, tout en assumant la responsabilité du pouvoir. Situation paradoxale !

L’exemple de la Grèce, où Syriza a marginalisé le PASOK inspire aux gauches radicales l’idée de faire éclater le PS. L’habileté du premier secrétaire de ce parti, qui a rallié Martine Aubry à sa motion, permettra sans doute à votre gouvernement de ne pas être mis en minorité au Congrès. Mais au prix de bien des ambiguïtés de rédaction … Aussitôt ce Congrès terminé, les lignes de fracture ressurgiront.

Elles n’opposent plus seulement les réformistes et les radicaux, la gauche libérale à la gauche jacobine, mais aussi les Charlie et les Pas Charlie . La question de l’islam déchire la gauche intellectuelle. D’un côté, ceux qui, comme Edwy Plenel, considèrent cette religion comme celle des dominés, ou qui, comme Emmanuel Todd, se méfient du climat d’unité nationale sur lequel vous avez surfé le 11 janvier. De l’autre, Caroline Fourest, Michel Onfray, ou Alexandra Laignel-Lavastine qui dénoncent une espèce de « tarif réduit » concédé à l’islam, par paternalisme néo-colonialiste. Comment ce conflit idéologique est-il vécu au sein de votre gouvernement ?

Elles opposeront aussi ceux que la lenteur du rythme des réformes, en France, impatiente et qui réclament qu’on s’inspire des réformes Hartz de Schröder. Le jeune leader du centre-gauche italien, Matteo Renzi , semble leur emboiter le pas.

Elles recoupent partiellement l’opposition entre deux stratégies électorales : l’une qui prône une « coalition arc-en-ciel » sur le modèle du Parti démocrate américain , et fait l’impasse sur les classes populaires. L’autre qui prétend, au contraire, reconquérir ces dernières, en prenant en considération leur insécurité culturelle .

Avez-vous remarqué que le Labour, qui vient de perdre les élections, avait gagné des voix dans les métropoles, mais mordu la poussière dans les bastions ouvriers – au profit, souvent, des indépendantistes de l’UKIP ? Enfin, comment appréciez-vous la montée en force des «politiques identitaires », qu’on observe en Ecosse et en Catalogne ? Peut-elle se substituer au clivage droite/gauche ?

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