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Bachar conserve bien des atouts...

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Une conférence, réunissant les protagonistes de la guerre civile syrienne, sous le contrôle de leurs protégés respectifs est censée se tenir à Genève, le mois prochain. Elle devrait désigner une « autorité transitoire dotée des pleins pouvoirs exécutifs », capable de mettre fin au conflit et préparer des élections démocratiques sortir le pays du chaos où il s’enfonce chaque jour davantage. Mais les observateurs doutent de plus en plus que Genève II puisse réellement se tenir . Pourquoi ?

D’abord parce que les Russes et les Américains, concepteurs de cette conférence, n’ont jamais précisé si le départ de Bachar el-Assad et de son clan constituait ou non un préalable à la mise en place d’une telle « autorité transitoire ». Pour les Américains, la réponse est évidemment oui. Pour les Russes, évidemment non. Ca ne simplifie pas les choses.

Ensuite, parce que l’opposition au régime est si affaiblie politiquement par ses divisions qu’elle n’a pas intérêt à venir les étaler devant ses protecteurs respectifs. Le Conseil national syrien, composante de la Coalition nationale syrienne, a déjà prévenu qu’il ne tolérerait pas la présence à Genève d’autres représentants que lui-même à la table des négociations. Sur le terrain, l’Armée syrienne libre voit se multiplier les défections. Une douzaine de groupes insurgés l’ont récemment quittée pour rejoindre les djihadistes de al-Nostra, lié à al-Qaïda.

Il faut dire que la timidité des parrains occidentaux , la rapidité avec laquelle l’administration Obama s’est ruée sur la porte de sortie proposée par Vladimir Poutine pour lui éviter d’avoir à tenir parole, ont largement décridibilisé ceux des insurgés réputés soutenus par l’Occident.

Mais la Syrie n’est qu’un pion sur cet échiquier moyen-oriental. La pièce qui intéresse le plus les Américains, c’est l’Iran. Le régime des mollahs est-il réellement prêt à renoncer à l’arme nucléaire, ou cherche-t-il seulement à amuser la galerie en gagnant du temps ? L’idée qui domine à Washington est qu’il faut essayer de prendre Téhéran au sérieux. Et donc ménager l’Iran à travers son allié syrien. De toute façon, l’opinion publique américaine est lasse des interventions extérieures lointaines et ne soutiendrait pas les bombardements ciblés sur les forces pro-Assad, que lui réclame la Coalition nationale syrienne.

En outre, Washington doit faire face à l’autre grand protecteur de Bachar el-Assad – Moscou. L’accord russo-américain du 14 septembre s’est traduit par la cessation des livraisons d’armes américaines aux forces de l’opposition et elle a démontré combien était décisive l’implication des Russes dans un conflit dont ils font mine de croire qu’il risque de déborder jusque dans le Caucase. Les Américains jouent avec Poutine parce qu’ils espèrent qu’il finira par lâcher el-Assad, si on leur offre la garantie que le pouvoir qui lui succéderait ne lèserait pas les intérêts russes en Syrie.

De l’autre côté, la lutte d’influence à laquelle se livrent l’Arabie saoudite et le Qatar pour le soutien aux groupes armés islamistes – le Qatar soutenant ceux qui sont manipulés par les Frères musulmans et les Saoudiens les autres, contribue à affaiblir un peu plus l’opposition.

En l’état actuel des choses, Bachar el-Assad conserve donc bien des cartes en main. Dans un jeu tragique, qui a déjà coûté la vie à 115 000 personnes et provoqué l’exil hors de leur pays de près de deux millions de Syriens. Au fait, François Hollande s’est déclaré prêt à accueillir 500 réfugiés syriens. 500 ! Alors même que notre diplomatie, à travers les espoirs qu’elle a suscités dans la population syrienne, a des responsabilités dans cette affaire.

La semaine dernière, la France politique se déchirait sur le cas de la famille Dibrani. On n’a entendu aucune voix plaider la cause des centaines de milliers de familles qui s’apprêtent à passer l’hiver sous des tentes , en Turquie, au Liban, en Jordanie… Pas la moindre manif lycéenne. Curieuse inconséquence.

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