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Barroso, bouc-émissaire

4 min
À retrouver dans l'émission

D’abord un constat : le rapport de force entre la France et l’Allemagne s’est inversé au profit de la seconde. Jusque dans les années 90, c’est la France qui était à l’initiative de toutes les avancées significatives de l’intégration européenne et ce dont Paris ne voulait pas ne passait pas. Comme on disait abruptement, « la France décide, l’Allemagne paye ». C’est fini : le déclin économique de la France, dont les Allemands sont beaucoup mieux informés que les Français , fait que la voix de nos diplomates porte de moins en moins loin.

A ce propos, je conseille à nos auditeurs un très long article récemment publié dans le Spiegel, par Mathieu von Rohr, sous le titre « Bonjour tristesse » (en français) et sous-titré « Le déclin économique et politique de la France ». Je vais mettre le lien en ligne sur le site de ma chronique. Mais j’en extrais cette phrase, qui résume bien l’opinion que se font les Allemands de l’état de notre pays : « On a le sentiment que le modèle français a atteint son stade terminal , pas seulement sur le plan économique, mais aussi en ce qui concerne la politique et la société. Un pays qui a longtemps mis de côté ses problèmes est en train de passer par une phase douloureuse d’ajustement à la réalité et peut s’attendre à se voir mise en demeure de mettre en œuvre des réformes par la Commission européenne ».

L’aile gauche du Parti socialiste, inconsciente du fait que l’Allemagne est passée, dans l’avion européen, du poste de co-pilote à celui de commandant de bord, a cru pouvoir lancer une croisade contre Berlin : « tension amicale », « affrontement amical », a-t-on dit si nos ancêtres avaient imaginé de tels oxymores, ils auraient lancé, en 1914, une « déclaration de guerre cordiale » à l’Allemagne…

Or, notre pays est au bord de l’effondrement économique , pour reprendre les termes de Nicolas Baverez : ses entreprises sont écrasées de charges sociales et d’impôts, comme le démontre le record historique du taux de marge, tombé, en France, à 28 % - contre 40 % en Allemagne. L’opinion se focalise sur quelques fermetures d’usines, mais ignore qu’en moyenne, ce sont 5 000 entreprises qui font faillite chaque mois. Le pouvoir d’achat, amputé par une inventivité fiscale débridée, est en berne . Le taux de chômage réel est bien supérieur à celui que mesurent les statistiques en comptant les découragés, qui ne s’inscrivent plus et les faux-emplois, il touche très probablement 18 % de la population active. Au lieu d’encourager la création d’emplois dans le secteur productif marchand, le gouvernement a décidé la création d’une centaine de milliers de faux emplois dans les collectivités locales, dirigées par le Parti socialiste…

Le malaise social qui en résulte engendre une défiance envers des élites qui, toute appartenance politique confondue, ont provoqué un désastre auquel elles-mêmes savent si bien échapper. Il se traduit par une poussée spectaculaire et inquiétante du Front national . Absent de la représentation nationale, celui-ci en tire argument pour se faire passer pour un une alternative hors système. Son discours de protection, ses tirades patriotiques anti-UE lui valent l’apport d’un grand nombre de voix venues de la gauche .

Hier, Nicolas Sarkozy avait cru habile d’emboîter le pas au Front national sur les thèmes anti-immigrés, afin d’aspirer les voix de ce parti. Il a ainsi contribué à crédibiliser l’équation immigrés = insécurité. Aujourd’hui, certains ministres croient électoralement payant de relayer les discours hostiles à la Commission européenne . Ce faisant, ils risquent d’accréditer l’idée que nos malheurs n’ont pas pour cause notre incapacité à réformer notre modèle qui s’effondre, mais les autres, l’étranger, Berlin, Bruxelles. Et de paver la voie du Front national, dont c’est le leitmotiv. Manuel Barroso, président de la Commission européenne, attaqué par Arnaud Montebourg, a reçu le soutien de tous les membres de la Commission, y compris du Français Michel Barnier, pourtant défenseur connu des intérêts français.

C’est dans ce contexte qu’intervient une nouvelle polémique entre un chef du gouvernement qui prétend que l’Etat qu’il conduit va faire un « effort historique » de réduction des dépenses publiques, à hauteur d’un milliard et demi d’euros, en 2014 et le président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, qui prétend que le déficit en 2013 va dépasser les 80 milliards et sera donc supérieur de 20 milliards aux prévisions du gouvernement …. Soit 4 % du PIB. La Commission européenne, si décriée, avait donné à la France un délai de grâce de deux ans pour rester dans les clous des 3 %. Le président de la République s’était engagé sur cet objectif.

Notre pays, isolé sur la scène européenne, ne risque-t-il pas de dilapider son capital de crédibilité à force de refuser l’obstacle des réformes de fond, que tant d’autres ont franchi avec nous ?

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