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"A bas l'intelligence, vive la mort" (bis)

4 min
À retrouver dans l'émission

Viva la muerte ! "A bas l’intelligence, vive la mort ! " On se souvient encore du cri de guerre glaçant, lancé par le général franquiste Jose Millan-Astray contre l’intellectuel Miguel de Unanumo, recteur de l’Université de Salamanque. Les fascistes détestaient l’intelligence sous toutes ses formes. L’intelligence rationnelle, qui pulvérise les mythes l’esprit critique, grâce auquel le soldat refuse l’obéissance à des ordres insensés ou criminels. A l’intelligence, les fascistes prétendaient opposer les forces de l’instinct , qui n’hésite jamais et pousse à l’action irréfléchie à l’individu conscient, l’appartenance à la communauté à laquelle on doit fidélité et obéissance, qu’elle soit ou non dans son droit à la conscience morale, la croyance fanatique en la parole du chef à la lucidité, la capacité au sacrifice au service de la horde – qu’ils appelaient l’esprit de camaraderie.

Les talibans pakistanais qui ont attaqué une école à Peshawar. Ils y ont abattu froidement 132 élèves, le plus souvent d’une balle dans la tête, après avoir brûlé vif sous les yeux de sa classe un des enseignants. Eux aussi détestent l’intelligence et le savoir. Ils ne veulent pas que les enfants étudient, qu’ils étudient autre chose que la religion – et la religion dans la version rudimentaire et manichéenne qui est la leur. Ils ne veulent surtout pas que les filles reçoivent une éducation. Malala Yousafzai a payé d’une balle dans la tête son entêtement à vouloir apprendre autre chose que des versets pieux. Elle a été visée, précisait le communiqué des talibans, après l’attentat dont elle a été victime dans le car qui l’emmenait à l’école, le 9 octobre 2010, je cite « pour son rôle de pionnière dans la défense de la laïcité » et sa « campagne contre la charia ».

Ils ont raison, les talibans : l’école émancipe les filles, elle développe l’esprit critique, elle sape les superstitions et mine l’autorité des chefs de guerre sainte, ces fanatiques eux-mêmes semi-analphabètes. La meilleure façon d’exercer sa domination sur une communauté, c’est de lui interdire de savoir ce qui se passe dans le monde extérieur. Or c’est aussi ce qu’on apprend à l’école.

Savoir si l’attaque contre l’école de Peshawar, réservée aux fils et filles de militaires, est un signe de l’affaiblissement du TTP, le mouvement des Talibans du Pakistan, ou au contraire le début d’une vaste offensive contre un gouvernement enfin décidé à leur la guerre depuis le mois de juin, est secondaire. Leur chef, Hakimullah Mehsud, a été tué par un drone américain en novembre de l’année dernière. Et les Talibans paraissent pris entre deux feux , à la frontière entre Pakistan et Afghanistan. Le mouvement pourrait même éclater, comme en témoigne la naissance en son sein d’une dissidence, le Jamaat ul-Ahrar.

Ce qui est sûr, c’est qu’en s’attaquant à des enfants sans défense, en détruisant une centaine d’écoles tant au Pakistan qu’en Afghanistan, ces islamistes ont renoué avec l’irrationalisme fasciste : à bas l’intelligence, vive la mort ! Ils ont fait contre eux une quasi-unanimité au Pakistan, où la société civile est exaspérée. Imran Khan, l’un des leaders de l’opposition, qui demandait au gouvernement de négocier avec les talibans, a renoncé au mot d’ordre de grève générale qu’il avait lancée pour aujourd’hui et se retrouve aujourd’hui isolé.

Est-ce un hasard si un autre groupe islamiste hyper-violent, celui qui sévit contre les écoles de l’Etat de Borno, au Nigéria, où il a massacré 176 enseignants porte le nom de Boko Haram. Boko, pour book – le livre , Haram, qui signifie illicite, défendu par l’islam , en arabe ? Défense de lire des livres, défense de s’instruire, à bas l’intelligence, vive la mort !

« Ceux qui défendent l’islam comme pensée unique le font souvent avec haine et violence », répond sobrement le grand écrivain algérien Kamel Daoud, en sobre riposte à la fatwa lancée contre lui, réclamant son assassinat.

L’Occident sait reconnaître le fascisme là où il ressurgit. Mais sait-il réellement distinguer le nouveau visage qu’il a pris récemment, du Moyen Orient au Nigéria, en passant par le Pakistan ?

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