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Basculer sur le net pour y laisser sa peau ?

3 min
À retrouver dans l'émission

J’ai apporté la preuve accablante du crime commis par internet sur la presse écrite : voici un cadavre. C’est l’ultime numéro de Newsweek , daté du 31 décembre 2012. Un des plus anciens et des plus célèbres newsmagazines de la planète – son premier numéro date de l’année 1933 – a ainsi disparu des kiosques et migré sur internet, sans fleurs ni couronnes. Y renaîtra-t-il ? C’est peu probable.

Car, vous avez raison, Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry , le « basculement sur internet » qu’on nous présente comme la solution à l’effondrement des ventes et de la publicité de la presse papier, s’avère un mirage. « Les désillusions succèdent aux désillusions ». Déjà, chez nous, France Soir et La Tribune ont disparu des kiosques et du côté des quotidiens nationaux, chacun retient son souffle, face à l’effondrement des ventes, en se demandant qui sera le prochain.

Le paradoxe, c’est que les sites de nos quotidiens et hebdomadaires sont très fréquentés. La marque est forte, comme on dit. Mais voilà, les déclinaisons numériques de ces titres ne sont pas parvenus, à ce jour, à se rentabiliser.

Il y a six ans déjà, l’ancien président de France Télévision, Marc Tessier , remettait au ministre de la Culture de l’époque, son fameux rapport sur le défi numérique et sur les moyens, pour nos groupes de presse, d’y faire face. Il y préconisait de miser sur la complémentarité entre le web et le papier, tout en développant l’autonomie rédactionnelle du premier, dont les contraintes éditoriales sont particulières. Basculer sur le net, tout le monde l’a fait. Les abonnements sur tablettes s’envolent mais cela ne suffit pas à compenser l’effondrement des ventes en kiosque. Le rapport Tessier conseillait aux pouvoirs publics de se montrer plus tolérants en matière de concentration et plus audacieux en matière d’aide financière.

Mais la presse française est l’une des plus aidée d’Europe. Elle vit déjà largement du soutien de l’Etat , qui représente 1,2 milliards d’euros. A moins d’aller demander à Arnaud Montebourg la nationalisation de tous les titres de presse menacés de fermeture, afin de sauver l’emploi des journalistes, on ne voit pas comment l’Etat pourrait faire davantage en période d’austérité budgétaire.

Mais là où votre Manifeste fait le plus mal, c’est lorsque vous accusez la recherche désespérée d’un « nouveau modèle économique » d’avoir engendré un « journaliste d’écran », qui se contente d’agréger des infos glanées sur le net, afin d’être « le premier à l’avoir dit » et de « nourrir la conversation ». « Rien d’intelligible ne relie ces éléments disparates livrés en vrac et aussitôt recouverts par cent autres ». Que reste-t-il de notre métier ? Un art de faire du buzz ?

Alors oui, peut-être faut-il abandonner la course au scoop aux réseaux sociaux, renoncer à mettre de la vidéo partout quand on ne sait pas s’en servir. Vous opposez le modèle du Guardian , que tout le monde a félicité d’avoir été le pionnier du basculement numérique – et qui y perd un argent fou – à la sagesse du Canard Enchaîné , qui se garde bien de quitter le bon vieux papier.

Mais vous savez bien, à travers le précédent des industries musicales que le processus en cours est inévitable . Il restera sans doute des marchés de niches – certains CDs sont de véritables objets d’art et XXI, comme les autres mooks, une revue-objet pour coffee-table. Mais pour les autres, ce sera : s’adapter ou disparaître.

Une piste parmi d’autres : cette année, les revenus publicitaires de Google dépassent l’ensemble de la presse papier aux Etats-Unis. Il faudra bien qu’un jour, les moteurs de recherche et autres agrégateurs de contenus rétribuent ceux qui les produisent. Sinon, il n’y aura plus rien d’intéressant sur la toile.

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