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Bêtises de campagne sur l'Europe

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Il semble bien que, dans les derniers jours de la campagne et sous l’influence des candidats des deux « Fronts », les présidentiables eux-mêmes en soient arrivés à proférer, sur les questions européennes, quelques bêtises.

Comme on s’en est aperçu au cours de la campagne, du côté du Front national , l’euro et l’Union européenne sont désignés comme les responsables uniques de la crise. Aussi la solution passerait par un retour à la souveraineté nationale dans tous les domaines – monétaire, en particulier. Fermeture des frontières aux produits pour lesquels nous ne sommes pas compétitifs – ce qui ne nous encouragerait pas à le redevenir, fermeture des frontières à l’immigration, retour à « la France seule », coupée des zones de forte croissance d’Asie : c’est la voie du déclin entre soi .

Mais au Front de gauche, si on ne préconise pas un tel repli hexagonal, le programme présenté par Mélenchon « ne pourrait être réalisé qu’en quittant l’Union européenne », comme l’écrit Jean Quatremer , le correspondant de Libération à Bruxelles sur son site « Coulisses de Bruxelles ». Car personne en Europe ne veut en arriver à la création monétaire pure et simple qui consisterait à « monétiser la dette publique » en exigeant de la BCE qu’elle prête désormais à taux zéro aux Etats et qu’elle rachète en outre leurs dettes publiques directement sur le marché monétaire. Ce serait, au contraire de ce qui est avancé, se mettre sous la coupe des marchés qui, devant la perspective d’être payés en monnaie de singe, se mettraient à exiger tout tout de suite sur une dette détenue pour les ¾ par des investisseurs étrangers.

Mais en cette fin de campagne, ce sont les candidats présidentiables qui en sont arrivés à faire, eux aussi, « de l’Europe le bouc-émissaire des faiblesses françaises », pour citer Catherine Chatignon , dans Les Echos d’hier.

C’est Nicolas Sarkozy qui évoque une « sortie de Schengen » alors que la suspension de cet Accord ne peut être mise en œuvre par un Etat qu’en cas « de menaces graves pour l’ordre public et la sécurité intérieure » et pour une période n’excédant pas 5 jours. Au-delà, seule, la Commission peut l’autoriser. Sarkozy, qui « se mélenchonise » selon Quatremer, en proposant de « redéfinir les missions de la BCE » pour la pousser à agir dans deux directions : les taux de change, de manière à faire baisser la monnaie européenne, jugée surévaluée, et le soutien à la croissance via une monétisation partielle des dettes.

Mais le candidat de l’UMP, qui dénonçait en 2007 les taux d’intérêt trop élevés de la BCE, ne saurait demander qu’ils baissent davantage. Actuellement aux alentours de 1 %, ils sont déjà inférieurs à l’inflation et risquent fort de pousser à la constitution de bulles spéculatives. En outre, la BCE a déjà racheté des quantités colossales de dettes publiques sur les marchés secondaires (220 milliards). Et Angela Merkel a déjà prévenu que l’Allemagne n’accepterait pas qu’on s’aventure sur le terrain de la « redéfinition des missions de la BCE » : son indépendance politique n’est pas négociable . L’Allemagne, qui paie l’essentiel de la facture aussitôt qu’il est question de « communautariser » les dettes, ne lâchera pas la bride aux Etats structurellement déficitaires.

C’est ce que ne semble pas comprendre François Hollande . Fervent supporter des eurobonds, partisan d’une politique d’investissements massifs dans les infrastructures de transports en Europe, le candidat du Parti socialiste en refuse la conclusion logique : appliquer le Traité européen de discipline budgétaire . Le Mécanisme Européen de stabilité est un « instrument de solidarité sous contrôle politique », fait observer Jean Quatremer.

Comme Nicolas Sarkozy, François Hollande entend « réorienter le rôle de la BCE » dans le sens de la croissance. Tout le monde ne peut qu’être d’accord sur le fait que le retour à la rigueur budgétaire ne sera socialement soutenable que si la croissance est relancée. Mais la question posée est celle des moyens : la recette keynésienne de la dépense publique à crédit n’a pas fonctionné, il est temps d’en imaginer d’autres.

Vous me direz : et Bayrou ? Il a tout bon, lui ? Pas vraiment. L’excellent site « Vigie2012eu. » qui suit le traitement des thèmes européens dans la campagne lui décerne un bonnet d’âne pour avoir dit : « la France est le pays le plus jeune d’Europe ». Erreur , d’après le site. C’est en Irlande que la proportion d’enfants est la plus élevée et c’est en Lituanie qu’il y a le plus fort taux de jeunes et d’adolescents. La France, par contre, a le plus fort taux de plus de 80 ans, après l’Italie. Nous sommes un pays de vieux et c’est bien pourquoi nous avons besoin de l’immigration des jeunes du Sud de la Méditerranée.

Décidément, l’Europe fait dire bien des bêtises…

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