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Bibi, come-back kid

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La gauche israélienne réalise son meilleur score, sans doute, depuis 1992. Et pourtant elle échoue à provoquer l’alternance. Après une nuit d’intense suspense, durant laquelle les média donnaient l’égalité entre l’Union sioniste et le Likoud, puis une légère avance à ce dernier, on se réveille en apprenant que Bibi a rattrapé in extremis son retard. Et qu’il est même revenu en tête. Il l’a fait en siphonnant les électeurs de Bennett et de la droite radicale . Si le Likoud échappe ainsi à un échec que lui promettaient tous les sondages - et Netanyayou, à l’usure du pouvoir – c’est pour avoir fait la course à droite toute, en fin de campagne.

Le système électoral israélien – la proportionnelle pure dans le cadre d’une circonscription unique et à listes fermées a un mérite, c’est qu’il est démocratique : toutes les sensibilités peuvent être représentées au Parlement, sitôt qu’elles franchissent le seuil de 3,25 % des suffrages. On en a ce matin une nouvelle preuve avec le succès de la liste arabe unie , qui se place en 3° position . Même s’il a fallu pour parvenir à ce résultat spectaculaire, marier les communistes et des islamistes qui n’ont rien en commun… A lui seul, cette percée d’une liste arabe, constitue une réponse à tous ceux qui osent évoquer un « apartheid » à propos d’Israël. Je me demande dans quel pays arabe aurait pu se présenter aux élections une liste juive….

Mais la proportionnelle pure a, dit-on, un défaut : elle favorise l’éparpillement et ne permet pas de dégager des majorités claires. Elle encourage les manœuvres d’appareil, les aventures en solitaire. Pas cette fois, dirait-on. On ne voit pas comment Moshé Kahlon, pourrait échapper à une alliance avec le Likoud. Il n’est donc pas le « faiseur de roi » qu’on disait…

Les électeurs israéliens avaient le choix entre deux priorités : la sécurité de l’Etat d’Israël – dont le premier ministre sortant se pose en garant et le niveau de vie des Israéliens , que promettait d’améliorer Itzak Herzog. Hé bien, ils ont choisi les deux.

Selon toute probabilité, « Bibi » Netanyahou est appelé à se succéder à lui-même. Mais il peut opter pour une coalition entre la droite et les partis religieux, ou pour une union nationale avec la gauche de l’Union sioniste – formule qui aurait la faveur du président de l’Etat d’Israël.

Ce qui ne changera pas, ce sont les défis auxquels est exposé Israël , minuscule îlot de paisible prospérité au cœur d’un Moyen Orient en proie à une sorte de réédition de la guerre de Trente ans.

Comment ce minuscule pays est-il parvenu jusqu’à présent à ne pas être entraîné dans le maelström provoqué par l’affrontement entre sunnites et chiites, pétromonarchies conservatrices et Iran révolutionnaire, activistes et modérés ? C’est un mystère. Il l’a fait en maintenant des relations acceptables avec ceux de ses voisins qui se comportent en pôles de stabilité : la Jordanie et l’Egypte du maréchal Abdel Fattah al-Sissi.

Nétanyahou, comme la très grande majorité des Israéliens, voit dans l’Iran et ses alliés du Hezbollah et de Syrie, d’Irak et du Yémen, la menace la plus dangereuse pour la sécurité de son pays. Il redoute la montée en puissance de Téhéran , qui vise manifestement l’hégémonie régionale. Israël, qui dispose lui-même d’une capacité nucléaire dissuasive, n’a jamais accepté qu’un de ses voisins accède à l’arme fatale. En juin 1981, un gouvernement israélien a bombardé le réacteur nucléaire d’Osirak en Irak. En septembre 2007, un autre gouvernement israélien a bombardé un réacteur nucléaire fourni par la Corée du Nord à la Syrie.

Face à l’Iran, les choses paraissent plus compliquées. Notamment du fait que le président américain semble faire un pari sur ce pays, voire de lui confier les clés du Moyen Orient. Netanyahou s’y est opposé de toutes ses forces, s’aliénant le président Obama, sans parvenir pour autant à bloquer la progression des négociations . C’est bien imprudemment qu’il a paru tout miser sur une victoire des républicains aux élections américaines de l’année prochaine.

Israël est aussi menacé par l’exaspération de l’Autorité Palestinienne qui, ne voyant aucun progrès dans le processus de paix, se comporte de plus en plus en acteur quasi-étatique sur la scène internationale, et y remporte de réels succès.

Cela contribue beaucoup à une tendance à la délégitimation d’Israël qu’on observe à présent aussi en Europe et en Amérique - et pas seulement sur les campus. La seule démocratie véritable du Moyen orient est paradoxalement traitée en paria des nations , sans qu’on sache si la cause de cette stigmatisation est la poursuite des implantations juives dans les territoires occupés, ou bien l’existence même d’un foyer juif indépendant en terre d’Islam…

La première tâche d’un gouvernement israélien, quel qu’il soit, ne sera-t-elle pas de rompre l’isolement international où Israël est en train de tomber ?

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