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Bonne nouvelle : la corruption recule

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Vous avez raison d’écrire, Antoine Peillon, que notre système politique et institutionnel est en bout de course. Les bons observateurs disent que l’heure de la crise de régime se rapproche. La défiance des Français envers leurs institutions atteint des sommets. Le dernier Baromètre de la confiance OpinionWay/Cevipof donnait les résultats suivants à la question quelles sont les institutions qui vous inspirent confiance ? En tête les hôpitaux, avec 76 %, ensuite l’armée (74 %) et la police (68%), oui la police devant l’école (67%). Mais dès qu’arrive la justice, on tombe sous la barre des 50 % d’appréciations favorables, avec 44 %. Les grandes entreprises du privé font 41 %. Il ne vous étonnera pas que seuls 29 % de nos concitoyens font confiance aux banques, mais encore moins aux syndicats, 28 % ce qui cause un grave problème. Mais autant pour nous : le taux de confiance pour les médias est de 23 %… Quant aux partis politiques, ils touchent le fond : 11 % seulement leur font confiance . 60 % des sondés ne font confiance ni à la droite, ni à la gauche pour gouverner le pays.

Faut-il rajouter de l’huile sur le feu, en dénonçant, comme vous le faites, un climat de corruption généralisé de la classe politique ? Nos représentant sontil vraiment plus corrompus aujourd’hui qu’à l’époque du « gaullisme immobilier », ou du deuxième septennat de François Mitterrand ? On en doute à la lecture de l’Histoire secrète de la corruption que viennent de publier un groupe d’historiens et de journalistes aux éditions du Nouveau Monde.

Comment nous jugent les observateurs internationaux impartiaux ? Transparency International publie chaque année un rapport sur la perception de la corruption à travers le monde. Il attribue une note sur 100 à chacun, ce qui permet de classer les Etats en fonction du degré d’honnêteté existant dans le monde des affaires, comme dans celui de la politique. Dans le dernier en date, publié en décembre de l’année dernière, premiers ex-aequo, le Danemark et la Nouvelle-Zélande, avec 91 sur 100, suivis de la Finlande et de la Suède, ex-aequo, avec 89 sur cent. Puis viennent Singapour, la Suisse, le Canada et les Pays-Bas. Le pays le plus corrompu du monde, avec la note de 8 sur cent est l’Afghanistan. La France suit de près l’Allemagne et le Royaume-Uni, avec 71 sur cent, ce qui nous classe à la 22 ° place sur 177. Plutôt donc, parmi les assez bons élèves qu’au fond de la classe, avec les cancres. Mais avec mention : devrait faire mieux l’année prochaine : l’OCDE juge nos efforts « insuffisants ».

L’enquête prend en compte les marchés truqués – au fait Jean-Noël Guérini vient d’être élu sénateur et reste président du Conseil général des Bouches du Rhône les emplois fictifs – au fait, il a fallu une condamnation définitive par la Cour de cassation pour que Gaston Flosse, triomphalement réélu, en mai de l’an dernier, président de la Polynésie française et toujours sénateur, doive se dessaisir de ses mandats les pots-de-vin destinés à l’obtention des gros contrats à l’étranger – au fait où en est l’affaire Safran, cette société accusée d’avoir versé plusieurs millions d’euros à diverses personnalité du Nigéria pour l’obtention d’un gros contrat ?

Mais la corruption est une question mondiale. Le fait est que pour cause d’intervention massive des banques centrales et de déséquilibre commercial entre grands exportateurs (comme la Chine) et grands importateurs (comme les Etats-Unis), il n’y a jamais eu autant d’argent en circulation dans le monde. De l’argent dont les pays détenteurs et les institutions financières qu’ils emploient ne savent plus quoi faire. Autant de tentation d’acheter, ici, l’organisation d’une grande manifestation sportive, là, un dirigeant politique en finançant sa campagne.

Mais il y a une bonne nouvelle : le vent est en train de tourner. La chute de Zhou Yongkang, figure historique du PC chinois démontre que la volonté du nouveau patron du parti XI Jinping de mener la « chasse aux tigres et aux mouches » est sérieuse. La règle implicite selon laquelle les membres permanents ou en retraite du Politburo bénéficiaient d’une impunité pénale, est caduque : une trentaine de ministres, de gouverneurs de provinces et autres responsables de premier plan – des « tigres » - sont tombés. Et l’Inde, le plus grand pays du monde par sa population et aussi l’un des plus corrompus, est en train de changer grâce au mouvement suscité dans tout le pays par la grève de la faim d’Anna Hazare. Le Parti de l’homme du peuple, l’Aam Aadami Party est devenu le trouble-fête du jeu politique indien. C’est de ce côté que réside l’espoir.

On peut raisonnablement penser que la corruption a plutôt tendance à reculer au niveau mondial.

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