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Brésil : trop pour le foot

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Une peinture murale de Sao Paulo tourne sur les réseaux sociaux brésiliens. On y voit un enfant maigre, assis devant une table à la peinture écaillée, qui pleure à chaudes larmes. Dans son assiette, un ballon de football. Tout est dit.

Les Brésiliens se demandent si le jeu en valait la chandelle. Lorsque leur pays a décroché la Coupe du monde de football, ils ont manifesté leur joie. C’était une manière de reconnaître l’émergence de ce pays-continent, sa réussite économique, son dynamisme démographique et culturel. Comment expliquer qu’aujourd’hui, le pourcentage des sondés qui se déclarent opposés à cette manifestation touristico-sportive ait grimpé à 41 % ? Que la majorité de la population brésilienne estime que la Coupe du monde entraînera, pour eux, plus d’inconvénients que de bénéfices ? Pourquoi cette déception, dans un pays où le foot est peut-être encore plus populaire que le base-ball aux Etats-Unis ? Et les rancoeurs peuvent-elles gâcher la fête ?

Première explication : la facture s’avère beaucoup plus lourde que prévu . « On dépense beaucoup d'argent pour les stades, tandis que les hôpitaux et l'éducation sont relégués au second plan », proteste l’écrivain le plus célèbre du pays – hélas, Paulo Coelho. Les nouveaux stades et les infrastructures auront coûté la bagatelle de 11 milliards de dollars, alors qu’initialement, ils avaient été estimés à 3 milliards. Les retards accumulés dans la réalisation de ces grands travaux, qui provoquent des insomnies chez les dirigeants de la Fifa mettent en lumière les faiblesses de l’économie brésilienne.

Car, deuxième observation, La productivité est faible et ne progresse que lentement. Le miracle brésilien tient beaucoup du trompe-l’œil. Il est basé sur les recettes d’exportation de matières premières et les investissements étrangers . Or ceux-ci se dirigent moins massivement vers les pays émergents depuis plusieurs mois. Si la balance commerciale demeure très légèrement excédentaire, c’est grâce au cours élevé des matières premières exportées par le pays. L’économie brésilienne est fortement dépendante des cours des matières premières, en particulier du fer, dont il est le 2° exportateur mondial. Mais aussi des cours agricoles, puisque 40 % de ses exportations proviennent du secteur agricole. L’exploit de 2010, année où le Brésil a connu une croissance à la chinoise de 7,5 %, n’a plus été réédité. Depuis quelques années, la croissance se traîne un peu au-dessus de 2 % (2,3, l’an dernier, 2,5, attendu cette année).

L’hostilité envers la coupe du monde cristallise un mécontentement social diffus envers un pouvoir qui n’a pas suffisamment investi dans l’éducation, la santé et les transports. Envers la corruption, notamment policière. L’agitation sociale, si elle troublait sérieusement le déroulement de cette coupe du monde, ferait peser de sérieuses menaces sur les Jeux Olympiques de 2016.

Mais si le gouvernement de Dilma Rousseff devait adopter des mesures restreignant vigoureusement les libertés, pour sauver sa coupe du monde, comme l’en pressent les multinationales associées à l’évènement, cela rappellerait de bien mauvais souvenirs dans un pays qui a connu la dictature militaire .

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