LE DIRECT

Bretagne : des limites au consentement à l'impôt

5 min
À retrouver dans l'émission

Pour savoir ce que pense le pays profond, il y a bien sur les sondages et ils sont catastrophiques. Mais le gouvernement dispose d’outils bien plus fiables : ainsi chaque mois, le ministre de l’Intérieur reçoit-il une note confidentielle sur l’état moral du pays , rédigée sur la base des rapports adressés par les préfets. Celle qui lui a été remise le 27 septembre a fuité. Le site du Nouvel Obs, qui en a eu connaissance, a dévoilé ses principaux éléments. Résumons-les.

Une sourde colère , lisait-on, est en train de monter de diverses catégories sociales dans plusieurs régions. Les élus, rapportent les préfets, estiment que « les limites du consentement à l’impôt sont atteintes ». Leurs administrés « fustigent un matraquage fiscal et une hausse insupportable d’impôts qui financent un système trop généreux. La menace de la désobéissance fiscale est clairement brandie ». Conclusion : il suffirait d’une annonce conçue comme provocatrice pour cristalliser ces mécontentements diffus et provoquer des troubles sociaux importants.

Dans Le Figaro de lundi 21, Nicolas Baverez publiait une tribune intitulée « la grande jacquerie ». « Après la dénégation, puis l’apathie devant le lent déclin du pays », écrivait-il, « les Français sont en train de verser dans la colère ». L’indignation monte, selon Baverez, contre – je cite – la trahison de la noblesse d’Etat, qui ne travaille qu’au maintien de ses privilèges, adossés à la dépense et à la dette publique ». Et de prédire une « grève de l’impôt et des charges, que l’on voit poindre chez les PME et les artisans, confrontés au durcissement des contrôles fiscaux et à un nombre record de faillites. » Fin de citation.

« Hélas ! Qu’y a-t-il de certain dans ce monde, hormis la mort et l’impôt ? », écrivait Benjamin Franklin, en décembre 1789. « L’impôt est toujours, en même temps, un acte de souveraineté et un principe de solidarité », écrit, de son côté, l’historien Nicolas Delalande dans l’introduction de son histoire du consentement et de la résistance à l’impôt de 1789 à nos jours.

De fait, la contestation de la fiscalité est un grand classique des provinces de France. Sous Louis XIV, le plus dépensier de nos rois, les révoltes anti-impôts furent quasi-permanentes. On conseillera à nos gouvernants de s’intéresser à la « révolte du papier timbré », qui éclata en 1675. Une nouvelle taxe, désormais imposée sur tous les actes officiels venait d’être imaginée par un pouvoir royal toujours à la recherche de nouvelles ressources pour financer ses guerres. La colère des campagnes bretonnes dite des « torreben » (du breton torr e ben, ce qui veut dire « casse-lui la tête ») fut vite relayée par les bourgeois des villes qui firent subir certains outrages aux gabelous et autres percepteurs royaux. Ce soulèvement maté par la soldatesque, fit quantité de morts et mit à genoux pour des décennies l’économie de la Bretagne.

La crise de la filière agro-alimentaire bretonne , qui emploie 65 000 personnes, est comparable à celle qui a frappé la sidérurgie dans le Nord, estime Nadine Hourmant, déléguée Force Ouvrière chez Doux. Là comme ailleurs, notre compétitivité s’est dégradée. Nous étions les premiers exportateurs du monde il y a douze ans. Nous avons glissé à la 4° place derrière les Etats-Unis, les Pays-Bas et l’Allemagne.

Les télécoms aussi sont frappées , autour de la ville de Lannion. Enfin, le tourisme est victime, selon Eric Le Boucher, de la politique menée par Cécile Duflot qui tétanise le marché de l’immobilier : le nombre de mises en chantier a chuté de 18 % en Bretagne. Dans ces conditions, l’écotaxe - dont l’opposition semble oublier qu’elle est née du cerveau inventif de Jean-Louis Borloo - apparaît comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Elle fait converger patrons et salariés, paysans et transporteurs, dans une même colère, tous unis pour défendre leur région contre la créativité fiscale de la technocratie parisienne. C'est, a-t-on dit, la révolte des péquenots contre les technos .

Il est possible qu’en matière de prélèvements obligatoires, notre pays qui est en train d’atteindre une sorte de record du monde, ait atteint une limite. Les impôts, taxes, charges, dont les règles sont constamment modifiées dans le sens de l’alourdissement découragent l’investissement et plombent la consommation.

Comme l’écrit encore Eric Le Boucher sur Slate, « la Bretagne est devenue, sans qu’on s’en rende compte, une pointe avancée de la France non pas vers l’ouest, mais vers le bas. »

La Bretagne, qui a été industrialisée plus tardivement que le Nord et l’Est, s’était spécialisée dans des filières plus modernes. Va-t-elle être entraînée dans la crise où ont plongé avant elle le Nord-Pas-de-calais ou la Lorraine ?

Lors des municipales, le Parti socialiste peut-il perdre la Bretagne, vieille terre de droite, passée à gauche à partir des années 80 ?

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......