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Bruno Le Maire

3 min
À retrouver dans l'émission

Les politiques ambitieux se font écrire des livres pour se présenter sous leur meilleur profil et tenter de démontrer aux électeurs qu’ils ont de bonnes idées et de bonnes intentions. Vous qui écrivez les vôtres, Bruno Lemaire, vous semblez toujours sur le point de quitter la scène pour de nouvelles aventures. On n’est jamais très loin de Chateaubriand, prenant congé avec ses Mémoires d’outre-tombe. Mais le vicomte relatait un changement d’époque, vous un simple changement de majorité .

Le regard est froid, le stylo enregistre tout, non sans cruauté la passion de la littérature (germanique, de préférence) semble invoquée comme pour mieux remettre à leur place les gesticulations du petit monde du pouvoir. On sent, derrière le politicien, qui ne fait guère d’efforts pour dissimuler son ambition, le moraliste qui jauge les cœurs et juge les hommes. Derrière l’homme de pouvoir, le sceptique sans illusions sur la capacité des dirigeants politiques de l’heure à influer sérieusement sur le cours des choses. Le pouvoir ne serait-il, en définitive qu’une apparence ?

On passe beaucoup de temps dans les avions présidentiels, dans votre livre. Est-ce une manière de suggérer que cette équipe gouvernementale avait décidément perdu le contact avec la glèbe, que vous aimez fouler, avec le peuple, que vous voyez s’éloigner des vôtres ? Ou de suggérer que le pouvoir n’est plus rien d’autre que cela : des facilités mises à disposition des dirigeants nationaux pour aller à la rencontre de leurs alter égaux un pur jeu d’apparences qui ne renvoient plus à une véritable autorité ?

Ambitieux, oui, vous l’êtes : vous auriez préféré Matignon, à la rigueur le Quai d’Orsay Sarkozy , qui vous considérait comme un bon agent électoral dans les campagnes, vous a maintenu à l’agriculture. En s’excusant à chaque fois. Il vous agace, mais vous fascine, vous, le garçon bien élevé, le pur produit de nos plus grandes écoles, par son agressivité, sa vulgarité, sa manie du tutoiement, ses manières trop directes, son art de la menace : « Obama, je lui ai dit : « Tu veux pas de taxe sur les transactions financières, d’accord. Tu me précises que tu me suivras pas, d’accord. Mais moi, je prendrai ton opinion publique à témoin et on verra si ton opinion publique, elle est d’accord pour rien faire sur les transactions financières ! » (225)

On apprend beaucoup de choses sur les dessous de la campagne électorale notamment que Nicolas Sarkozy se considérait comme un « président en cohabitation » non pas en cohabitation avec une majorité parlementaire hostile, comme Mitterrand ou Chirac, avant lui, mais avec les médias

Mais parlons plutôt de l’avenir. L’Express de cette semaine fait observer que plusieurs députés UMP ont voté en faveur de certaines mesures phares proposées par François Hollande, comme le contrat de génération, alors même que son aile gauche « bat de l’aile », face à ce qu’elle considère comme un tournant social-libéral. Vous-même avez soutenu que les accords signés entre les partenaires sociaux sur la flexisécurité, début janvier, allaient « dans la bonne direction ». Allez-vous voter la loi qui en sortira, mêlant vos voix avec celle de la majorité parlementaire ?

Vous avez démissionné des affaires étrangères, et réclamez que tout fonctionnaire élu à l’Assemblée ou au Sénat, quitte la fonction publique , comme cela se pratique dans d’autres pays européens, afin de rendre notre Parlement plus représentatif de la société civile. Que l’on sache, la surreprésentation des hauts fonctionnaires dans la classe politique n’est pas le monopole de la gauche. Comment le prennent vos collègues UMP, issus, comme vous de l’ENA et des grands corps de l’Etat ? Sont-ils prêts à renoncer à la sécurité de l’emploi, en cas de défaite électorale ?

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