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Cahuzac et le "mur des cons"

4 min
À retrouver dans l'émission

Il faut le reconnaître : dans l’affaire Cahuzac , Médiapart a eu contre lui non seulement le gouvernement et la majorité parlementaire, solidaires de leur ministre du Budget, ce qui est la moindre des choses, mais la grande majorité des journaux, des éditorialistes – et vous ajoutez même : jusqu’à l’Agence France Presse. Le 26 décembre dernier, 4 mois avant les aveux de Jérôme Cahuzac devant une Assemblée nationale médusée, l’AFP publiait, en effet, une dépêche très reprise que vous qualifiez de « monument de désinformation ». Elle proclamait : « Cahuzac est a priori solidement installé au gouvernement ».

Jugement appuyé sur l’analyse de deux politologues, Gérard Grunberg et Jérôme Fourquet. Vous disqualifiez le premier, en tant que rocardien, comme Cahuzac, et vous le soupçonnez donc a priori de connivence. Mais si Grunberg, cité par l’AFP, avait estimé, que Jérôme Cahuzac "est considéré comme l'un des ministres les plus sérieux, qui porte tout le projet de Hollande (...) de réduire les déficits dans les années qui viennent ". Il ajoutait – vous ne le citez pas : « "Il faudrait vraiment qu'il y ait des progrès importants dans cette affaire pour que Hollande change de ministre et il ne le fera que s'il est contraint et forcé ". Ce qui prouve qu’il n’excluait pas une telle hypothèse. Et il ajoutait que, de son côté que Médiapart pratiquait « un journalisme engagé, davantage anti-système que d’investigation ».

Votre livre, Fabrice Arfi, fourmille, en effet, d’allusions au fait que Cahuzac, ministre du Budget du gouvernement Ayrault, y incarnait la « rigueur budgétaire », ligne politique qui n’est pas celle qu’incarne Médiapart .

Nous ne sommes toujours pas sortis des philosophies du soupçon : face à une vérité factuelle, à une information fiable et vérifiée, on demande aussitôt : quels intérêts sert-elle ? Dans le jeu de qui est-elle susceptible de constituer un atout ? A contrario : à qui peut-elle nuire ? Avec la conclusion : si elle sert mon propre camp, il faut que cette information rencontre un écho maximal. Dans le cas contraire, il convient de la faire disparaître, ou au moins d’en minimiser l’importance.

On a eu tort de refuser la vérité dans l’affaire Cahuzac, sous prétexte qu’elle servait le camp des partisans de « l’autre politique », en faisant tomber l’une des incarnations de la politique sociale-démocrate menée par François Hollande. Car ce qui importe, c’est la vérité. Non le camp qu’elle sert.

Mais j’aimerais que cette logique s’applique aussi à l’affaire du « Mur des cons » du Syndicat de la Magistrature.

L’époque s’est habituée à ce qu’on utilise des "journalistes infiltrés ", des ‘caméras cachées, des enregistrements de conversations privées – comme le coup de téléphone de l’ancien ministre du Budget.

Curieusement, le fait d’avoir filmé, au sein du local du Syndicat de la Magistrature, à l’insu de ses dirigeants, le « Mur des cons », où ils, alignaient les personnalités qui ne leur plaisent pas, est considéré comme une faute grave par la direction de France 3. Le journaliste qui est l’auteur de ce film, Clément Weill-Raynal , est passé avant-hier en commission de discipline. Il risque des sanctions.

Tout récemment, Médiapart et vous-même avez été assignés en Justice pour « recel d’atteinte à la vie privée » pour avoir rendu publics les enregistrements effectués par leur majordome au domicile des Bettencourt. Votre avocat, Me Mignard, a plaidé « l’impossibilité » d’un tel délit pour un journaliste, dont « la mission consiste précisément à publier des informations d’intérêt général ».

Il me semble qu’informer le public sur le fait qu’un des principaux syndicats de magistrats de ce pays considère comme des ennemis personnels certaines personnalités du monde politique et médiatique – fait partie des informations en question. Car les magistrats ne sont pas des gamins qui font des blagues, mais des personnalités chargée de rendre la justice de manière impartiale, éventuellement d’envoyer les coupables qu’ils désignent en prison - sur la base de la loi et non de leurs convictions politiques personnelles.

Mais apparemment, la réaction de bien des commentateurs est celle que j’évoquais tout à l’heure : de qui cette info fait-elle le jeu ? D’où un empressement assez général à l’étouffer ou à en nier la gravité – « une blague de potaches »….

Un beau cas de « double standard moral »…

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