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Caravagisme au Musée Fabre

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Il va falloir arrêter de parler avec commisération des "petits musées de province" dans lesquels seuls quelques amateurs éclairés connaissent l'existence, parmi depoussiéreuses collections permanentes, du rare "petit chef d'oeuvre" qui mérite le détour. Oh certes, sans vouloir accabler personne, il reste nombre de musées glaciaux où les gardiens assoupis semblent plus nombreux que les visiteurs. Mais enfin, chacun a en a pris conscience : il se passe autour de ces grands musées de région, qui ont osé se lancer dans l'organisation d'expositions "évènementielles".

Et bien entendu, l'exposition consacrée au caravagisme que présentent conjointement, cet été, le musée Fabre de Montpellier et les Augustins, de Toulouse, en fait partie. Chacun s'est spécialisé dans ce qu'il sait le mieux faire. Les Augustins montrent comment la vague caravagiste a changé la manière de peindre au début du XVII° siècle, chez les Flamands ; Fabre peut ainsi mettre en valeur ses propres caravagistes d'Europe du Sud et en faire venir quelques autres.

J'ai pu le constater : on fait la queue sous le soleil de Montpellier, devant le musée Fabre, comme sous la pluie, à Paris, devant celui d'Orsay. Et pour cause : le Caravage, avec son naturalisme torturé, son caractère excessif et violent, ses mises en scène quasi-cinématographiques, attire de plus en plus nos contemporains - alors que le prude XIX° avait choisi de l'ignorer.

Et cette exposition est remarquable aussi en ce qu'elle raconte une histoire. Pas seulement la biographie de ce personnage hors norme, quasi-pasolinienne, avec ses bagarres - dont un meurtre -,ses emprisonnements et ses évasions, ses puissants protecteurs et ses méthodes peu orthodoxes pour discréditer ses concurrents...

Mais parce qu'elle nous donne à comprendre la diffusion du caravagisme, à travers ses relais et en premier lieu via Bartolomeo Monfredi, le principal disciple. Car le caravagisme fut une mode, qui traversa toute l'Europe de la Contre-Réforme, avec laquelle il est en profonde connivence esthétique. Il exalte la chair, il menace du châtiment (les innombrables David vainqueur de Goliath !), il il est populaire et démonstratif.

En outre, l'exposition du musée Fabre se conclut par une salle consacrée à Georges de La Tour , qui permet de contempler quelques uns des fameux tableaux de ce peintre, lui aussi redécouvert au cours du XX° siècle et à partir de l'exposition "les peintres de la réalité". J'aime en particulier cette fameuse Madeleine repentie, méditant devant une bougie fumante.

A la parcourir, on se demande : comment une telle exposition a-t-elle été rendue possible ? Si des tableaux célébrissimes, réservés aux habitués du MET, du Prado et de la National Gallery sont aujourd'hui visibles à Montpellier, c'est parce qu'il existe un réseau franco-américain d'échanges d'oeuvres d'art, FRAME , Il regroupe 24 musées, de part et d'autre de l'Atlantique. C'est ce réseau qui a permis d'organiser, en 2007, une exposition croisée des impressionnistes français et américains, dont Montpellier fut un des destinataires. FRAME a aussi donné l'occasion aux Français de découvrir les peintres de l'Ouest américains. Qu'il n'existe rien de comparable entre musées européens ne laisse pas d'étonner....

Le tourisme culturel a profondément transformé la profession de directeur de musée. Du côté des grandes destinations que compte notre pays, on a compris l'importance de ces évènements que constituent désormais les grandes expositions temporaires et leur capacité à attirer un public de qualité.

Encore faut-il, pour pouvoir les organiser, disposer d'une force de frappe suffisante. Pour pouvoir emprunter des chefs d'oeuvre de réputation internationale, il faut disposer soi-même de belles collections et d'une solide réputation.

L'an dernier, vous nous avez offert; Michel Hilaire, deux expositions qui m'ont bien plu : Odilon Redon , prince du rêve et Alexandre Cabanel . Des expositions à rebours d'un certain goût officiel. Deux peintres à la réputation d'académisme ou de symbolisme, qui n'ont pas la cote auprès des responsables culturels parisiens, et que l'histoire de l'art officiel tient en piètre estime, mais qui ont été plébiscités par le public montpelliérin.

Comment acquiert-on cette force de frappe ?

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