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Ce que pèse la France en Europe

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Le clash entre la Commission européenne et le gouvernement français est-il encore évitable ? Les avertissements se succèdent depuis l’annonce, par Michel Sapin, d’un projet de budget 2015 qui table sur un déficit à peu près identique à celui de cette année – 4,3 % du PIB. Le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem l’a dit aux médias : « nous avons l’impression que le projet de budget de la France est assez loin de l’objectif, à la fois en termes de déficit nominal, et de mesures effectives, concernant le déficit structurel et les réformes qui doivent être réalisées. » Le président en exécutif du Conseil européen, Herman Van Rompuy, l’a répété en tête-à-tête à François Hollande, mercredi à Milan : la France avait obtenu un délai de deux ans pour assainir ses finances publiques et se plier aux disciplines qu’impliquent les bénéfices partagés de la monnaie unique. Elle ne saurait en demander deux supplémentaires, sans ruiner sa parole.

Des officiels de la Commission ont préparé le terrain à un rejet du projet de budget du gouvernement français, selon la Deutsche Welle qui verrait dans ce rejet « une démonstration d’autorité sans précédent ».

« Techniquement, le retour aux 3% l’an prochain est impossible », a rétorqué samedi à Blois, le premier ministre Manuel Valls, invoquant la nécessite de soutenir une croissance prévue l’an prochain au rythme modeste de 1 %. Et, en effet, le FMI avertit que l’Union européenne pourrait plonger dans la récession et la stagnation. « Il y a un risque sérieux, si rien n’est fait ». Actuellement, une timide reprise, tirée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne risque de caler, à cause de l’Eurozone et du Japon.

Or, du côté de la BCE, on ne voit pas ce qu’elle pourrait faire de plus du côté des taux d’intérêt : ils sont proches de zéro. Bien sûr, la BCE pourrait se lancer dans une politique de rachats des dettes publiques, comme l’ont fait la FED, la Bank of England et la Bank of Japan – mais celles de quels pays et dans quelles proportions ? Question insoluble ! La politique monétaire ayant atteint ses limites, la tentation est forte de chercher à utiliser la politique budgétaire.

Des sages comme Jean Pisani-Ferry prônent une « stratégie gradualiste de réduction des dépenses publiques », arguant qu’une réforme efficace du secteur public prend du temps » et que « les gouvernements qui taillent dans les dépenses dans l’urgence font rarement des choix éclairés. » L’idée, inspirée de ce que fait en ce moment Matteo Renzi en Italie, serait de « réduire les impôts maintenant, mais les dépenses plus tard ». Ce qui revient à repousser le retour à la règle d’or des 3 % à quelques années, tout en entreprenant de sérieuses réformes de structure, afin d’améliorer la compétitivité.

Dans l’immédiat, la Commission Juncker annonce qu’elle se montrera plus exigeante que la précédente . Les budgets de la France et peut-être de l’Italie seront retoqués. Paradoxalement, il aurait dû revenir de le faire savoir au nouveau commissaire à l’économie, Pierre Moscovici, sous la supervision duquel notre budget a été rédigé… pour éviter cette cacophonie, la Commission prononcera son jugement initial le 29 de ce mois, à la veille de son remplacement. De toute façon, lors des négociations qui s’ouvriront ensuite, Mosco sera sous le contrôle de Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission en charge de l’euro – un dur. Jeune premier ministre de Lettonie de 2009-2014, il avait imposé à son pays une cure d’austérité implacable, afin de lui permettre de se qualifier pour l’euro.

Pour que la France soit punie financièrement de son incapacité à respecter les règles, il faudrait que la Commission en fasse la demande au Conseil. Or, « aujourd’hui, une France devenu l’homme malade de l’Europe pèse aussi peu à Bruxelles qu’à Berlin », écrit dans Commentaire, Bernard de Montferrand. Il ajoute : « Pour tenir son rang à Bruxelles, la France doit tenir ses comptes ». Est-il vrai que notre pays soit isolé au sein de l’UE ? Quel est l’état du rapport de forces entre Hollande et Merkel en Europe ? L’exécutif français peut-il « changer les règles du jeu en Europe », comme il le prétend ?

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