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Ce qui rend riche, ce qui rend pauvre

3 min
À retrouver dans l'émission

  • Pouvez-vous répondre à la question : pourquoi sommes-nous riches ou pauvres ?

Hé bien, Adam Smith, lui, le prétendait. C’est même de la parution de son livre, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, en 1776, qu’on date le début de la science économique. En tentant d’apporter des réponses à la question : qu’est-ce qui peut rendre riches certains pays, et pauvres d’autres, les économistes veulent mettre en lumière les conditions nécessaires à la création de richesses.

Pour Adam Smith, le levier de cette création, c’était la division du travail . Au niveau des Etats, la spécialisation des tâches permettait d’optimiser la productivité du travail. Au niveau des échanges commerciaux entre nations, le libre-échange favorisait une spécialisation locale.

Depuis Adam Smith, plusieurs penseurs ont entrepris d’apporter de nouvelles réponses à la question posée par ce grand ancêtre. En 1998, est parue une somme d’érudition tout azimut signée David Landes, sous le titre Richesse et pauvreté des nations. En parcourant l’histoire économique du monde, le déplacement de ses centres de gravité, Landes mettait en lumière les facteurs culturels, les valeurs. A la suite de Max Weber, il montrait notamment que le rapport de chaque culture à l’argent, au prêt, à la finance, conditionnait dans une large part ses possibilité d’enrichissement. La vaste fresque dessinée alors reste d’un très grand intérêt.

richesse et pauvreté
richesse et pauvreté Crédits : Markus Haller - Radio France

Mais voici que les excellentes éditions Markus Haller, basées en Suisse, publient ces jours-ci un ouvrage intitulé « Prospérité, puissance et pauvreté Pourquoi certains pays réussissent mieux que d’autres », qui remet l’ouvrage sur le métier.

Ses auteurs, Daron Acemoglu et James A. Robinson, tous deux professeurs d’économie aux Etats-Unis, n’adhèrent pas à la thèse culturaliste de Landes. La Corée du Nord et du Sud, objectent-ils ont partagé la même culture pendant des siècles et elle imprègne encore les deux peuples, malgré la divergence des régimes. Or, la richesse moyenne d’un Coréen du Sud est égale à dix fois celle de son compatriote du Nord son espérance de vie supérieure de dix ans. Non, ce qui fait l’origine de la richesse ou de la pauvreté des nations, ce sont ses institutions.

Là où l’individu peut compter sur des services publics de qualité, notamment sur un bon niveau d’éducation, là où il conserve le libre de choix de son activité, là où ses gains et ses biens seront sécurisés, il pourra déployer ses talents sans crainte.

Ce sont les institutions politiques qui déterminent les institutions économiques, écrivent-ils, contrairement à ce que prétendait Marx. Là où elles sont inclusives, les citoyens conservent le pouvoir d’influencer ou de remplacer leurs dirigeants. Les acteurs économiques n’ont pas à redouter les caprices d’un pouvoir, qui voudrait changer les règles du jeu pour le plus grand bénéfice des siens ou de ses protégés.

Pour illustrer leur thèse, ils ont recours, comme le faisait David Landes à l’opposition classique entre Amérique du Nord et du Sud. L’Argentine était l’un des pays les plus riches du monde jusqu’aux environs de 1920. Depuis, sa place dans le classement n’a cessé de dégringoler. Pourquoi ?

A priori, rien non plus n’explique que la frontière séparant les Etats-Unis du Mexique oppose richesse et pauvreté. La cause ne tient ni au climat, ni aux hommes, mais aux institutions, c’est-à-dire aux règles du jeu . Dans un cas, un Etat bien contrôlé par la société fait respecter les lois, les contrats et la propriété. Les règles sont connues, et le champ des possibles largement ouvert devant l’individu. Dans l’autre, l’Etat est à la fois faible (face aux gangs) et contrôlé par une oligarchie. Tout passe par cette oligarchie, qui contrôle l’économie et distribue les opportunités d’enrichissement à ses protégés. Elle a un intérêt manifeste à bloquer les nouveaux arrivants et à gêner les innovations qui pourraient compromettre ses rentes.

Vous allez me dire : encore un livre à lire ! Hé bien oui, encore un livre à lire….

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