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Ce qui va rester de la Loi Macron

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86 % des Français jugent la politique économique du gouvernement mauvaise (contre 14 % qui la trouvent bonne). Oui, mais 62 % des mêmes sondés (par ODOXA, au début de ce mois), ont une bonne opinion d’Emmanuel Macron, pourtant théoriquement en charge de cette politique, puisqu’il est le ministre de l’Economie. Comment expliquer cette apparente contradiction ? Assez simplement, le tournant réformateur dont le jeune ministre est l’incarnation est largement approuvé par les sondés : s’ils étaient députés, la Loi Macron serait votée à une large majorité à l’Assemblée nationale : 58 % pour, 41 % contre. Les aspects les plus controversés, comme l’autorisation d’ouverture des magasins le dimanche font même l’objet d’une approbation massive : 70 % sont pour, 30 % contre.

Mais ce tournant proclamé tarde à se réaliser. Le président est connu pour ses tergiversations. Hollande est l’homme des synthèses, celui qui ménage ses ailes droite et gauche, même lorsqu’elles ne s’accordent sur rien.

Voici donc un ministre populaire, qui présente une loi populaire et qui sait, cependant qu’elle sera très probablement mise en pièces par une majorité qui serait elle-même balayée en cas d’élections anticipées – voir le sondage CSA. Comment expliquer ce prodige ?

Le fait est qu’Emmanuel Macron rompt avec plusieurs tabous bien français. Le premier d’entre eux veut que toute relance de la croissance passe nécessairement par une augmentation de la dépense publique. A ce compte, nous sommes dopés aux plans de relance depuis exactement 40 ans. On ne sache pas que la croissance s’en soit trouvée mieux : elle est devenue, au fil du temps, inexistante. Ce « keynésianisme primitif », comme l’expliquent Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen, dans leur livre Changer de modèle, est obsolète. Parce que nous vivons en économie ouverte et que toute relance de la dépense qui n’est pas accompagnée d’un effort comparable de productivité ne bénéficie qu’à nos concurrents.

La croissance, selon Macron, passe par le dynamitage de ces « plafonds de verre » qui permettent aux sociétés installées d’échapper à la concurrence de nouveaux venus, plus innovants et plus performants , de créer de nouveaux métiers et donc de nouveaux emplois. On se gausse de la décision d’autoriser des compagnies d’autocars à concurrencer la SNCF. Mais qui sait que ce moyen de transport, marginalisé par décision politique en France, donne lieu à 30 millions de déplacements en Grande Bretagne ?

Certes, les professions protégées et fermées, suffisamment bien organisées pour avoir empêché toute libéralisation depuis les attaques portées contre elles par la Commission Rueff-Armand de 1959, vont tout faire pour conserver leurs petits privilèges. Quel paradoxe de voir des socialistes hard-liners courir au secours des notaires et autres experts-comptables, qui ne passent pas pour les plus mal lotis….

Le second tabou, partagé équitablement par la droite et par la gauche, c’est qu’il faut protéger les insiders et garantir, de toute éternité, les droits acquis. Dans l’espoir, dit-on hypocritement à gauche, que ces droits soient un jour ceux de tous. Parce qu’il faut bien, murmure-t-on à droite, qu’il existe quelque part des éléments de flexibilité et que les jeunes doivent servir de variable d’ajustement.

Mais lorsque 84 % des embauches ont lieu en CDD et que l’embauche en CDI devient l’exception, il faut commencer à se poser la question de la justice sociale d’un marché du travail dual , au point qu'il apparaît évcartelé entre protégés et exposés. Le plan Macron, très prudent, ne va pas jusqu’au contrat de travail unique, proposé par le Prix Nobel d’économie, Jean Tirole. Il se garde bien de toucher aux 35 heures, cette coûteuse exception française.

On se contentera d’assouplir l’interdiction d’ouverture des magasins le dimanche – ce qui n’est pas grand-chose. Mais souvenons-nous que 25 % des commandes passées, depuis chez soi, sur Amazon ont lieu le 7° jour , ce qui semble démontrer qu’il y a urgence à concurrencer la firme américaine sur notre propre sol.

Contre les lois Macron, le tir de barrage de l’artillerie lourde a commencé avant qu’on n’en connaisse le détail.

Cette loi, disent ses critiques, n’est destinée qu’à calmer les Allemands , furieux de constater que nous refusons l’obstacle des réformes de structure auxquelles ils se sont soumis eux-mêmes il y a plus de dix ans. Qu’à donner quelques gages à la Commission européenne, qui craint de se ridiculiser en autorisant aux Français des déficits qu’elle interdit aux autres.

Cette loi apparaît d’emblée comme un fourre-tout sans cohérence , disent d’autres. Et lorsque le groupe socialiste de l’Assemblée l’aura consciencieusement mitée, elle ne ressemblera plus à rien. « On va se briser contre le mur de tous les conservatismes », prédit le député PS réformateur Pascal Terrasse. Le premier ministre sera-t-il obligé de sortir son article 49-3 pour faire passer une loi de timide libéralisation, au moment où sa majorité pousse les feux à gauche, à l’approche du congrès socialiste ?

La loi Macron, un petit pas dans la bonne direction, ou de la poudre aux yeux destinée à faire croire aux Européens que la France se réforme enfin ?

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