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Cesser d'attendre la révolution ou le miracle

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Une parenthèse se referme. La victoire de la gauche à la Chambre haute, en 2011, était une sorte d'incongruité. Les sénateurs sont, comme on dit, les "élus su seigle et de la châtaigne ", or les ruraux sont, traditionnellement, peu portés sur la gauche. Le PS a perdu beaucoup de mairies en mars dernier. Et les conseils municipaux, qui forment le gros de l'électorat sénatorial., sont très remontés contre le gouvernement. Pour toutes sortes de raisons, qui vont de la réforme des rythmes scolaires à l'annonce d'une disparition programmée des conseils généraux.

La droite récupère donc le Sénat. mais quelle droite et dans quel état ?

Le paradoxe de la période, c'est que si la gauche est en pleine crise d'identité et souffre, comme jamais, de l'exercice du pouvoir, l'opposition de droite n'apparaît pas, actuellement, en état de constituer une alternative crédible .

La droite républicaine a un problème de positionnement idéologique. Comme l'explique le philosophe Marcel Gauchet dans la revue Le Débat, qui vient de paraître (n° 181), "l'élément conservateur (au sein de l'électorat) a quitté la droite de gouvernement pour glisser vers le Front national, qui l'a capté au nom de l'autorité et de l'Etat." Mais l'UMP, si elle n'a jamais été un grand parti conservateur à l'anglaise, n'est pas non plus libérale.Elle conserve du gaullisme des réflexes dirigistes.

L'UMP¨apparaît également dépourvue de programme. Dans la même livraison du Débat, Frédéric Lazorthes rappelle que l'union du RPR - héritier du gaullisme - et de l'UDF - enfant du giscardisme - a été décrétée dans l'urgence, en 2002, afin de réagir à l'avertissement que constitua la présence du Front national au second tour de l'élection présidentielle. Bâtie sur les fondations fragimes d'un "moins-disant idéologiue ", l'UMP préfère, comme le PS, s'exprimer en termes de "valeurs " que de programme de gouvernement.

Sur les grands sujets de désaccord entre les deux familles fondatrices, il n'y a jamais eu de débat de fond. A l'UMP coexistent, on ne sait comment, des souverainistes hard, tel Henri Guaino, des eurosceptiques légers, comme Laurent Wauquiez, et de francs partisans d'une Europe fédérale : Alain Lamassoure.

L'UMP, écrit encore Frédéric Lazorthes, ne s'est pas posée la question du problème fondamental, pour la France, celui dont tous les autres dépendent : s'agit-il du déficit et de la dette - qui vient d'atteindre 2 000 milliards d'euros, comme on l'apprndra demain ? De l'absence de croissance et du sosu-investissement ? De la perte d'influence, en Europe et dans le monde ? Du chômage de masse ? De l'épuisement de notre système de protection sociale ?

C'est sur cet horizon de flou programmatique que Nicolas Sarkozy a pu déployer ce que Lazorthes appelle "un bonapartisme sans contenu ". Son retour dans le jeu politique complique encore davantage la question du leadership et rend plus délicat que jamais le bilan, qui rest à faire, de la période 2007-2012.

La droite ne peut pas compter sur sa seule capacité à agréger les mécontentements pour reveni au pouvoir. Il lui faut répondre à l'indifférence grandissante des citoyens envers un système politique qui leur apparaît comme incapable de leur assurer les sécurités qu'ils en attendent.

De bons observateurs plaident pour des solutions autres que politiques. Pour un retour à la société civile qui, dans notre pays, se montre particulièrement dynamique et novatrice , quand les partis politiques semblent en panne d'idées neuves et tout absorbés par la seule conquête du pouvoir et de ses avantages. On trouvera significatif qu'un homme tel que Jacques Attali nous exhorte désormais, dans son dernier livre, "Devenir soi", à "échapper aux déterminismes", et à "reprendre en main nos destins, à choisir nos vies et à nous débrouiller tout seuls", dans un monde dangereux, mais aussi riche de possibilités nouvelles.

Dans le monde tel qu'il va, les Etats ne peuvent plus grand chose, estime Attali. Aussi appelle-t-il de nouveaux acteurs sociaux à se substituer à nos vieux Etats, obèses et paralysés. Il faut cesser d'attendre la révolution ou le miracle. Peut-être le moment est-il venu de faire advenir de nouveaux partis politiques , émanant directement de la société civile - et non plus cultivés dans les serres chaudes des assistants parlementaires et autres permanents de la MNEF, sous la houlette d'un petit groupe de hauts fonctionnaires....

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