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Cesser de tout attendre du sommet

3 min
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Parce que nous étions plus de quatre millions, dans la rue, le 11 janvier, à défier les tueurs de Charlie Hebdo et de l’hypermarché cacher de la Porte de Vincennes, nous avons pris conscience que nous n’étions pas cette nation en plein déclin que prétendent les uns, que nous n’étions pas prêts non plus à la soumission à laquelle nous croient destinés les autres. L’auto-dénigrement morose qui était devenu notre mode d’être spécifique d’être au monde Michel Houellebecq l’incarnait à la perfection hier comme Depardieu avait incarné le Français typique des années 70 et 80.En parfaits cyclothymiques, nous sommes passés sans transition de la dépression à une exaltation fiévreuse .

Tous les problèmes qu’une certaine bien-pensance nous interdisaient de nommer et que des sociologues avaient tendance à cacher sous les tapis, ont été soudains exposés dans les termes les plus crus, jusqu’aux plus hauts sommets de l’Etat. Oui, la laïcité fait l’objet d’attaques concertées. Oui, l’école de la République aggrave les inégalités de départ. Oui, cette école souffre d’une crise générale de l’autorité. Oui, la France s’est ghettoïsée selon des clignes de clivages ethniques. Oui, notre modèle d’intégration des immigrés fonctionne mal et crée davantage de frustrations que d’adhésion.

Encore un peu, et on allait prendre conscience aussi de la faillite d’une politique du logement, qui nourrit la hausse des prix et bloque la mobilité géographique, ou de l’effet désastreux de la dualité du marché légale du marché du travail… Et de quelques autres problèmes de fond dont le taux de chômage est la conséquence. Mais n’allons pas trop vite en besogne et ne vidons pas en même temps tout le linge sale accumulé dans nos tiroirs…

Fiers d’être parvenus à nommer nos problèmes, nous attendions, paraît-il que le chef de l’Etat nous apporte un catalogue complet de solutions… Comment pourrait-il ne pas décevoir ? François Hollande l’a dit lui-même : « Quand on est porteur d’une espérance aussi forte, d’une exigence aussi élevée, quoiqu’il advienne, le président de la République doit se mettre à la hauteur qui lui paraît être celle du pays. » On peut le soupçonner d'avoir surtout pensé "C'est dur, d'être président", comme il le disait au cours de ses conférences de presse précédentes.

Mais dans quelle utopie croyons-nous vivre, où il suffirait à un seul homme de prendre les bonnes décisions pour que tous les problèmes d’une société, d’une société aussi complexe et vivante que la nôtre, soient ipso facto résolus à bref délai ? Combien de siècles de centralisation administrative et d’écrasement de la société civile pour que nous en arrivions à une vision aussi absurde du fonctionnement de la politique ?

Renan écrivait en 1868 : « La Révolution est une expérience infiniment honorable pour le peuple qui l’a tentée, mais c’est une expérience manquée. En ne laissant debout qu’un géant, l’Etat, et des milliers de nains en créant un centre puissant, Paris, au milieu d’un désert intellectuel, la province en transformant tous les services sociaux en administrations (…) la Révolution a créé une nation dont l’avenir est peu assuré.

Autrefois, ce qu’on déplorait, c’était l’écrasement des corps intermédiaires. Et Tocqueville a montré qu’il avait été le fait de la monarchie absolue bien avant que la Révolution ne le parachève. Mais aujourd’hui, avec les possibilités extraordinaires d’auto-organisation que nous offre internet, comment pouvons-nous rester assez enfantins pour continuer à tout attendre de la volonté d’un homme ?

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