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Ceux qui se méfient du suffrage universel

3 min
À retrouver dans l'émission

Patrice Guéniffey , l’historien de la Révolution et de l’Empire, a raconté « la difficile invention du vote » dans un article fameux de la revue Le Débat (septembre-octobre 2001). On y découvre la manière dont nos ancêtres firent leurs débuts d’électeurs.

La Révolution déplaça le lieu du vote de la paroisse au canton, afin de remplacer l’homme social concret, pris dans ses réseaux de dépendance, par le « citoyen » abstrait il s’agissait de passer « de la conception organiciste, qui était celle de l’Ancien Régime, à la conception contractuelle et individualiste du corps politique , qui est celle de la Révolution ». Mais le vote au chef-lieu de canton avait aussi pour but de « délivrer le peuple de l’ascendant de ses tuteurs naturels, le curé et le seigneur ».

Le vote révolutionnaire fut de part en part un vote d’assemblée. Ceux que le peuple désignait, c’étaient les membres d’une assemblée élective, des « grands électeurs » qui nommeraient à leur tour les représentants. On ne le sait pas toujours, mais ce vote révolutionnaire était apolitique. Gueniffey montre combien la doctrine rousseauiste de de la « volonté générale » fit obstacle à l’idée que puissent faire campagne des partis organisés. « On n’envisage à aucun moment que le vote puisse exprimer la pluralité et la division des opinions. » Aussi était-il interdit de faire campagne.

Plus encore que les révolutionnaires – qui finirent par dissuader la population de participer au processus électoral afin de rester entre eux et de « transformer le système électif en un système de cooptation », les conservateurs se méfièrent du suffrage universel . Ils craignaient que le peuple, mû par un esprit de classe, se porte sur les partis « partageux ». L’expérience historique démontra amplement combien ils avaient tort.

La première assemblée française élue au suffrage universel, l’Assemblée constituante du 23 avril 1848 , comptait moins d’une centaine de « républicains avancés » pour 650 « républicains de la veille » ou « du lendemain », plus connus pour avoir soutenu la Monarchie de Juillet que pour leurs idées authentiquement républicaines.

C’est cette assemblée qui fit fermer les Ateliers nationaux et réprimer les émeutes ouvrières de Juin . C’est une province apeurée par le risque de révolution sociale qui a élu, l’année suivante, une Assemblée législative encore plus nettement conservatrice, dominée par des monarchistes, par bonheur divisés entre eux - légitimistes et orléanistes. Napoléon III n’osa pas abroger le suffrage universel et a su s’en servir pour se faire plébisciter de temps à autres. Mais au sortir du Second Empire, à nouveau, les conservateurs tremblèrent à l’idée que les élections du 8 février 1871 pourraient donner la majorité aux républicains sociaux. Cette fois encore, ce furent les monarchistes qui dominèrent cette étrange assemblée, dont Thiers fut le héros et qui combattit cruellement le Paris révolté de la Commune. Mais c’est cette assemblée monarchiste qui devait finir par proclamer la République comme à la sauvette, à une voie de majorité, en janvier 1875.

La III° République était née et le suffrage universel établi. Certes, les femmes en furent écartées . Mais là encore pour de bien étranges raisons. Nos radicaux et autres radicaux-socialistes craignaient, eux, si fort le pouvoir sur leurs épouses de leurs confesseurs, l’influence des curés en chaire , si longtemps hostiles à la République et en tous cas aux partis de gauche, qu’ils jugèrent prudents de refuser le suffrage aux femmes : elles auraient massivement voté pour le droite, pensait-on.

Dimanche, nous irons voter, hommes et femmes. Le suffrage universel, comme le multipartisme et la liberté d’expression, est une conquête précieuse de la démocratie. Il ne faut jamais craindre la volonté du peuple, ni chercher à en exclure qui que ce soit.

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