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Charlie, "islamophobe" selon les chochottes du Pen Club

5 min
À retrouver dans l'émission

Après l’attentat meurtrier contre Charlie Hebdo, Salman Rushdie , le premier écrivain vivant dans le libre Occident à avoir fait l’objet d’une fatwa déclarait : «La religion, cette forme médiévale de déraison, lorsqu'elle est combinée avec l'armement moderne, devient une véritable menace à nos libertés. Ce totalitarisme religieux a causé une mutation meurtrière dans le cœur de l'islam et nous en voyons les tragiques conséquences à Paris aujourd'hui . Je soutiens Charlie Hebdo comme nous devons tous le faire, pour défendre l'art de la satire qui a toujours été une force pour la liberté contre la tyrannie, la malhonnêteté et la stupidité. “Le respect pour la religion”, ajoutait l’auteur des Versets sataniques , est devenu une phrase codée signifiant “la peur de la religion ”. La religion, comme toutes les autres idées, doit faire l'objet de critique, de satire et, oui, mérite que nous lui manquions de respect sans avoir peur.»

Ce point de vue, je n’ai pas manqué de le relever dans plusieurs de mes chroniques dominicales, l’Hebdo des idées, est loin de faire l’unanimité dans les pays anglo-saxons. Ainsi, 145 écrivains, dont certains sont fort connus, comme l’Australien Peter Carey, le Canadien Michael Ondaatje, les Américains Joyce Carol Oates, Russel Banks et Francine Prose, ont co-signé une lettre protestant contre la remise par le Pen Club du Prix de la liberté d’expression et du courage aux dessinateurs de Charlie Hebdo. Ils estiment qu’on peut, certes, déplorer leur mort, sans pour autant honorer leur travail. Par leurs dessins, ils auraient contribué à stigmatiser la communauté musulmane, victime, en France de préjugés néo-colonialistes et de discrimination. Leurs critiques rejoignent celles d’Emmanuel Todd.

Comme dans le cas des caricatures du journal danois, il faut faire la part de la désinformation. Le Jyllands-Posten avait publié ses caricatures le 30 septembre 2005. Mais c’est à la fin de décembre de cette année-là et en janvier 2006, que plusieurs imams danois s’étaient rendus au Moyen Orient pour susciter une indignation qui n’avait pas eu lieu au cours des mois précédents. Et ils eurent la redoutable habileté d’ajouter aux douze dessins parus, qui s’attaquaient moins à l’islam en tant que tels qu’au terrorisme se revendiquant de l’islam, plusieurs autres dessins véritablement insultants, eux, pour le prophète de cette religion. Des dessins fabriqués pour susciter la colère

De la même façon, dans la question qui nous occupe, les pétitionnaires américains anti-Charlie sont abusés par une fausse information. J’ai lu dans plusieurs publications anglo-saxonnes, dont The New Statesman, que le magazine satirique aurait publié des caricatures de Christiane Taubira en singe . Il s’agit manifestement d’une confusion avec Minute, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’appartient pas à la même mouvance intellectuelle que Charlie. Mais sur la base de ce mensonge, il devient facile de faire passer Charlie pour « raciste et fanatique » ("racist and bigoted"), comme on le lit dans les magazines américains bien-pensants.

Selon Salman Rushdie, les boycotteurs du dîner annuel du Pen Club sont des "chochottes".

Le grand Michael Walzer semble avoir répondu par avance à ces critiques, dans un remarquable article, paru dans la revue Dissent, cet hiver, Islamism and the Left. « Du Pakistan au Nigéria et également dans certaines parties de l’Europe, écrit Walzer, l’islam est aujourd’hui une religion capable d’inciter un grand nombre d’hommes et de femmes, mais surtout des hommes, à tuer en son nom. » Les intellectuels de gauche ont beaucoup de mal à l’admettre. D’une part, parce qu’ils ne veulent pas croire au retour du religieux, dans nos sociétés post-séculières , alors que celui-ci est général. D’autre part, parce qu’ils redoutent ce qu’ils appellent « l’islamophobie ». « Ils sont si irrationnellement effrayés de la peur irrationnelle de l’islam qu’ils ne sont plus capables de prendre en considération les excellentes raisons qu’on a de craindre les fanatiques islamistes », écrit Michael Walzer.

La gauche a raison de vouloir protéger les musulmans immigrés contre les discriminations dont ils peuvent être victimes, ajoute le philosophe. De les défendre contre les partis xénophobes qui considèrent tout immigrant comme un terroriste potentiel. Mais il s’indigne qu’on puisse comparer le sort des musulmans en Europe à celui qui fut celui des Juifs dans l’Europe occupée par les nazis ! Car les principaux pourvoyeurs de l’antisémitisme, aujourd’hui, se recrutent parmi les islamistes militants.

Pourquoi cet aveuglement volontaire d’une partie de la gauche ? poursuivait Walzer. C’est qu’elle reste surtout désireuse de condamner les crimes commis par l’Occident et ses alliés. Et que victime d’un biais sociologisant, elle prétend expliquer le fondamentalisme islamiste par la pauvreté. Mais pourquoi la pauvreté se traduirait-elle par une radicalisation religieuse ultra-conservatrice, plutôt que par des mobilisations politiques à l’extrême gauche ? En outre, l’observation objective démontre que les mouvements fondamentalistes, qu’ils soient islamistes, hindouistes, bouddhistes, juifs ou chrétiens, comptent la même proportion de riches et de pauvres qu’il en existe dans les sociétés.

Quoique sécularisée – l’Etat s’interdit toute immixtions dans les cultes - la société américaine est beaucoup plus religieuse que la nôtre. Est-ce la raison pour laquelle elle se montre moins tolérante envers la satire des religions ?

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