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Chateaubriand, Malraux, BHL

3 min
À retrouver dans l'émission

J’entends dire qu’il est inconvenant, dans un documentaire, d’apparaître à l’image, lorsqu’on tient aussi le rôle du commentateur. D’autres jugent que notre BHL national s’attribue une importance politique démesurée dans le règlement de l’affaire libyenne. Mais avez-vous lu Malraux ? Il ne parle que de lui, « Quand j’essaie d’exprimer ce que m’a révélé la Révolution espagnole, j’écris L’Espoir quand j’essaie d’exprimer ce que m’ont révélé l’art et sa métamorphose actuelle, j’écris Les Voix du Silence. » En 1934, il a vendu à L’Intransigeant un reportage sur le site, complètement imaginaire, de la capitale de la Reine de Saba, au Yémen, avec photographies à l’appui… Il avait survolé des ruines en avion… Et les Mémoires d’Outre-tombe ? « Avec moi commençait, avec l’école dite romantique, une révolution dans la littérature française », écrit Chateaubriand . Vous avez dit mégalomane ?

Or, BHL tourne « le serment de Tobrouk », comme Malraux écrivait L’Espoir – pour témoigner d’une de ses propres empoignades avec l’histoire de son époque. Il y magnifie son propre rôle ? Pas moins que Chateaubriand racontant ses ambassades, et témoignant de l’ingratitude des Bourbon à son égard. L’essentiel, pour ces écrivains aventuriers, c’est de de se frotter aux premiers rôles de l’histoire, de participer à leurs combats. En esthète, en prenant des poses, peut-être. Mais avec cet avantage, pour le lecteur ou le spectateur, de nous faire respirer un peu de l’air de ces déserts ou de ces forêts à travers lesquels ils ont chevauché en nous donnant aussi à comprendre et à réfléchir.

D’ailleurs la seule question qui vaille, c’est : la cause était-elle bonne ? Le héros-narrateur avait-il choisi le juste combat ? Pour Malraux, ça se discute. Mais force est de le reconnaître : que ce soit aux côtés du commandant Massoud en Afghanistan, pour Sarajevo et les Bosniaques martyrisés par les milices de Karadzic et Mladic, ou en réclamant à Sarkozy et à Hilary Clinton, une aide militaire au profit des rebelles libyens, Bernard-Henri Lévy a constamment choisi le bon combat, le juste parti. Pas celui des « forces progressistes », ni celui de « l’Occident libéral et démocratique ». Non, celui des victimes contre leurs bourreaux . Cette morale a minima, a servi de boussole à Orwell comme à Camus . Elle présente un avantage décisif : celui d’éviter les compromissions avec des idéologues qui peuvent se révéler despotiques et meurtriers, une fois parvenus au pouvoir.

C’est pourquoi je me méfie des haines singulières dont Bernard-Henri Lévy est la cible . Je me souviens de tous ces Cassandres qui prédisaient un « nouveau Vietnam » à Clinton en Bosnie, un « enlisement de l’OTAN en Libye ». On le voit dans le film, avec Marine Le Pen : pour l’extrême droite, ce n’étaient que desArabes qui s’entretuaient, nous n’avions rien à faire là-bas.

Quant à l’extrême-gauche , à partir du moment où le Grand Satan américain est partie prenante à un conflit, il est inutile de réfléchir avant d’embrasser la cause du camp d’en face, serait-elle incarnée par un assassin psychopathe ou un despote tortionnaire.

Alors, oui j’ai bien aimé « le serment de Tobrouk ». J’ai bien aimé voir des milliers de manifestants d’un pays du Maghreb, venant d’échapper de peu à l’enfer, brandir le drapeau de mon pays, avec des panneaux portant l’inscription « merci la France ». J’ai trouvé formidablement révélatrices les interviews de Cameron et de Sarkozy , le premier expliquant combien les hommes de sa génération sont restés traumatisés par le souvenir de la lâcheté des Européens durant la guerre de Bosnie. Le second, confessant s’être rallié à la position de BHL en Libye, après avoir réalisé que sa diplomatie avait raté le coche en Turquie et s’était fait marginaliser en Egypte.

Mais si l’intervention en Libye était urgente et nécessaire, si le devoir d’ingérence trouvait là une application évidente, il semble que l’affaire syrienne soit beaucoup plus compliquée. Il s’agit d’une guerre civile, instrumentalisée par les deux puissances régionales, l’Arabie sunnite et l’Iran chiite. En outre, en forçant la main aux Russes et aux Chinois sur la Libye, il se pourrait que les démocraties occidentales aient tiré leurs dernières cartouches.

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