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Chávez, national-populiste sud-américain

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Au départ, populisme fut une appellation revendiquée par des mouvements essentiellement agrariens : les populistes russes qui lancèrent le mouvement des « Narodniki », étudiants des bonnes familles moscovites, tentèrent de convertir les paysans russes au socialisme dans les années 1870. Vingt ans plus tard, des agriculteurs américains créaient le People’s Party. Et dans les années 20 et 30, les partis populistes – appelés encore agrariens – devinrent si puissants que certains d’entre eux accédèrent au pouvoir en Europe centrale la paysannerie y était encore majoritaire.

Mais après la Seconde Guerre Mondiale, c’est en Amérique latine que le populisme connut un formidable regain. On se souvient de l’embarras des politologues occidentaux devant des phénomènes aussi bizarres que le péronisme argentin, ou le Brésil de Vargas. Car voilà des mouvements qui n’avaient rien d’agrariens – ils mobilisaient surtout des citadins qui obéissaient à des leaders charismatiques, « guide », « conducteur », mais n’étaient pas non plus fascistes, puisqu’ils se réclamaient de la gauche et s’appuyaient sur les couches populaires et non sur les classes moyennes des partis qui présentaient une dimension fortement nationaliste, mais ne nourrissaient pas de projet totalitaire.

Du coup, c’est sur place, en Amérique latine, que ces mouvements furent le mieux analysés. Le sociologue argentin Gino Germani, qui comme son nom le suggère, était un réfugié italien ayant fui le fascisme, proposa, pour qualifier le péronisme, l’adjectif « national-populaire ». A ses yeux, les populismes sud-américains étaient des « hybrides politiques » : à la fois « nationalistes de gauche et socialistes de droite ».

L’étrange pouvoir qu’exerce le lieutenant-colonel Hugo Chavez au Venezuela depuis bientôt 14 ans constitue sans doute un revival de ces « hybrides politiques ». Comme les régimes de Juan Peron et de Getulio Vargas dans les années 50, il s’appuie à la fois sur les classes populaires et sur l’armée pour instaurer une sorte de socialisme fortement teinté de nationalisme. Comme ces précédents fameux, Chavez prétend incarner le peuple tout entier « je me sens incarné en vous, vous êtes tous des Chavez », aime-t-il dire. Mais c’est un populisme du XXI° siècle, appuyé sur les médias modernes. « Chavez est, à sa manière un feuilleton télévisé, une chanson populaire, mais aussi une émission de téléréalité », écrit Alberto Barrera Tyszka, le biographe de Chavez, dans un article traduit cette semaine par Courrier International. Même son combat contre le cancer, soigné à Cuba, mis en scène, est devenu un argument de sa campagne électorale.

Le 7 octobre, il affrontera dans des élections difficiles, malgré la mainmise du pouvoir sur les radios et les télévisions, le candidat unique de l’opposition, Henrique Capriles Radonski. Celui-ci fait valoir l’état de délabrement dans lequel se trouve le pays : l’économie du Venezuela dépend entièrement de la rente pétrolière. Il importe 70 % de son alimentation – principalement des Etats-Unis. La catastrophe pétrolière d’Amuay, qui a fait plus de 50 morts et 150 blessés, à la fin août, a mis en évidence la gestion désastreuse de la compagnie nationale PDVSA, dont le président, un proche de Chavez, est en même temps le ministre de l’Energie… L’incompétence et la corruption sont omniprésentes. L’insécurité est telle que beaucoup de Vénézuéliens ont choisi l’exil.

Mais Chavez, l’ami d’Ahmadinejad et de Bachar El-Assad, continue à susciter une forte admiration dans une partie de l’extrême gauche occidentale : Oliver Stone lui a consacré un film hagiographique et, en France, le soutien du Monde Diplomatique n’a jamais fait défaut. Sur place, les pétro-dollars qui coulent à flots ont permis à Chavez de se conquérir une popularité formidable dans les catégories populaires. Le nombre de fonctionnaires a été multiplié par deux et demi depuis qu’il est au pouvoir : autant d’électeurs recrutés… Comme quoi, la « théorie de l’assiette de lentilles » que contestait pourtant Gino Germani peut encore resservir…

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