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Chez Renault, l'Etat joue les traders

4 min
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Les avis sont partagés sur le raid lancé par le ministère des Finances sur le capital de Renault .

Certains admirent le coup de Bourse, digne des plus retors traders de la City. L’Etat a acheté en toute discrétion pour un milliard d’euros d’actions, en s’assurant contre tout risque de baisse, lors de leur revente, par la technique du collar . Comme quoi, un ministre de l’Economie et des Finances passé par un poste de direction chez Rothschild connaît des tours qu’ignorent habituellement ses confrères en énarchie qui n’ont jamais quitté l’Inspection des Finances. Comme quoi Emmanuel Macron connaît la chanson, lui qui a qui a piloté fort jeune le rachat par Nestlé de la branche alimentation d’un des plus grands groupes américains pour 9 milliards d’euros. Il a mis ses talents de banquier d’affaire au service des intérêts de l’Etat. Certains crieront : bravo, l’artiste ! C’est le cas de Louis Schweitzer, l’ancien PDG de Renault.

Mais d’autres constatent, désolés, le retour à un fâcheux mélange des genres : l’Etat, censé arbitrer la partie, ne saurait détourner à son profit les règles qu’il a lui-même fixées. Sinon, il avoue qu’il est à la fois l’arbitre et l’un des joueurs . C’est le constat fait par exemple par Elie Cohen, qui dénonce un « blitzkrieg en chambre ».

Voyons les faits : l’équilibre d’actionnaires au sein du capital de Renault reposait sur l’égalité des parts détenues par l’Etat et le Japonais Nissan : 15 % chacun. A la veille d’une assemblée générale décisive, qui doit avoir lieu cet après-midi même, l’Etat met la main sur près de 5 % du capital , ce qui fait monter sa part à presque 20 %. Pourquoi ? Parce qu’il s’assure ainsi de fait plus de 23 % des droits de vote en Assemblée générale, étant donnée la dispersion de l’actionnariat et l’abstention habituelle de certains autres actionnaires. Bref, il aura la minorité de blocage. Or, il entend précisément se servir de cette position pour faire entériner l’adoption par Renault de la loi dite « Florange », au titre de laquelle les actionnaires les plus stables disposent d’un droit de vote double. Vous me suivez ? C’est-à-dire, si on a bien tout compris, que l’Etat va revendre son petit milliard d’actions, après s’être fait attribuer 30 % des votes pour 15 % des parts du capital.

La loi « Florange » avait pour but de conforter la position des actionnaires stables, afin de les mettre à l’abri des coups de main des hedge funds. Et voilà que notre Etat joue, avec un parfait cynisme, se sert de la loi et en détourne le sens, afin renforcer sa prise sur Renault, sans augmenter sa participation au capital – sinon à titre provisoire.

Comment va réagir Nissan ? Le Japonais avait décidé jusqu’ici de ne pas faire usage de son droit de vote. Aujourd’hui, il constate que l’Etat français cherche à reprendre le pouvoir, alors même que, dans l’Alliance, c’est Nissan qui a sauvé Renault. C’est Nissan qui assure les fins de mois, grâce à des résultats spectaculaires.

Carlos Ghosn ne décolère pas . Il estime être visé personnellement par une entreprise de déstabilisation, pilotée par l’Etat actionnaire.

Mais le pire, c’est peut-être le soupçon que cette manœuvre installe : si Bercy se livre à de telles fantaisies, est-ce parce que les sites de production de Renault étaient menacés ? Renault et Nissan partagent des plate-formes communes. Les deux compagnies ont progressivement mutualisé certains services. Ghosn, malgré ses promesses réitérées, veut-il aller plus loin ? délocaliser davantage la production ?

Les investissements directs étrangers en France, qui s’étaient effondrés en 2013, sont remontés sensiblement l’an dernier. Notre pays est considéré comme une étrangeté, avec son Code du Travail de 3 700 pages, ses feuilles de paie à 25 ou 30 lignes et sa fiscalité qui change tous les ans. On disait l’industrie automobile disparue en Grande-Bretagne , avec la liquidation ou le rachat par des groupes étrangers de toutes les marques du Royaume-Uni. Aujourd’hui, ion découvre avec stupeur que ce pays produit plus de véhicules que nous (1,5 millions contre 1, 46 l’an dernier). Sans "volontarisme industriel", ni "Etat stratège". Notre voisin le doit en particulier à Nissan, qui a investi dans des usines ultra-modernes de Sunderland. Le jeu de l’Etat avec Renault peut-il inciter les investisseurs à revenir ou à se détourner de l’Hexagone ?

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