LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Choc de simplification

4 min
À retrouver dans l'émission

Ce n’est pas la droite de gouvernement qui a créé l’évènement, la semaine dernière, elle demeure bien trop embourbée dans sa nouvelle « guerre des chefs », un grand classique, qui vient de rebondir avec les révélations assassines du livre de Carole Barjon et Bruno Jeudy, Le coup monté. Non, sur l’échiquier politique, c’est la gauche qui a l’initiative. C’est le chef de l’Etat qui est à la manœuvre et c’est par rapport aux annonces qu’il a faites que chacun est contraint de se positionner. Parmi les commentaires critiques de sa récente prestation devant les caméras de France 2, je retiendrais, pour vous le soumettre, celui de l’excellent Elie Cohen, sur le site Telos.

Pour Elie Cohen, l’essentiel du message présidentiel est : non, je ne mènerai pas la politique de retour rapide à l’équilibre budgétaire, préconisé par Bruxelles, car cela plomberait définitivement une croissance déjà nulle non, je ne mettrai pas non plus en œuvre les réformes de structure, préconisées par l’OCDE et le FMI, car j’y perdrais ma majorité.

Et Elie Cohen d’énumérer : du côté de la politique familiale , on se contera de baisser les allocations des ménages aisés, sans remettre en cause l’idée farfelue de faire financer cette politique par des taxes sur le travail. Du côté, des retraites , on biaise, en feignant de ne pas toucher à l’âge du départ, tout en augmentant les exigences en années de cotisation mais la réforme systémique attendue, celle qui permettrait, comme en Suède, d’aligner le montant global des prestations sur celui des cotisations, attendra. Pas de réforme territoriale non plus : il ne faut pas fâcher les élus des différentes strates du mille-feuilles français. On va rajouter une couche, les métropoles, sans rien remettre en cause.

Et Elie Cohen de menacer : « un pays qui n’a pas de stratégie de sortie de crise, qui désincite la localisation d’activités sur son sol par sa fiscalité » sera tôt ou tard lâché par les marchés financiers qui, aujourd’hui, pourtant, apprécient sa dette publique.

Toutes ces réformes – et pas mal d’autres - attendront. Mais elles attendaient déjà lors du quinquennat précédent.

Pourtant il y en a une qu’Elie Cohen néglige, alors qu’elle me semble absolument décisive. C’est « le choc de simplification » annoncé par le président de la République.

J’ai déjà cité « Plus vite ! la France malade de son temps », le formidable bouquin de Guillaume Poitrinal , cet homme d’affaires qui dirigeait une énorme société d’immobilier commercial, et qui vient de s’en retirer pour changer de vie. Il y démontrait, exemples concrets à l’appui, comment les normes urbanistiques, « sécurité », « handicapés », « sûreté », « patrimoine et monuments historiques », « faune et flore », étaient parvenus, en se cumulant à paralyser l’activité de construction, dans notre pays qui, paradoxalement manque cruellement de logements. Rien que le code de l’urbanisme compte plus de 3000 pages et il gonfle chaque année…

Le Rapport récemment rendu au Premier ministre, par deux grands élus, Alain Lambert (UMP) et Jean-Claude Boulard (PS) en comporte quelques exemples, qui peuvent faire rire. Comme cette espèce rare de scarabée, le Pique-Prune, qui a retardé de dix ans l’achèvement de l’autoroute A28. Ou la manière dont nos administrations se sont liguées pour retarder le projet d’aménagement de l’île Seguin en musée par François Pinault , lequel a fini par jeter l’éponge et est allé installer sa collection d’art contemporain à Venise. L’obligation de repenser intégralement des casernes de gendarmerie pour les adapter à accueillir des handicapés , fait rager leurs responsables. Les administrations et collectivités ont jusqu’au 1° janvier 2015 pour mettre aux normes les 332 000 établissements accueillant du public. Coût de la facture : 20 milliards d’euros. Où les trouver ?

Empilement ridicule des normes et règlements : avec 400 000 textes réglementaires administratifs, nous avons fini par dégringoler au 126 ° rang mondial sur 144, pour le niveau de complexité administrative ; application paralysante du « principe de précaution » manie procédurière d’associations spécialisées dans le recours de barrage et le recours contentieux… Tout semble fait pour épuiser la patience de ceux qui veulent construire quoi que ce soit dans notre pays. Pendant que le reste du monde bâtit à toute vitesse, nous sommes victimes de notre conservatisme et de la méfiance des administrations.

L’OCDE estime que les coûts administratifs en France, dévorent jusqu’à 4 % du PIB. Les élus locaux, qui ont l’oreille du président, sont parvenus à tirer la sonnette d’alarme. Une vraie grande réforme est enfin sur les rails. Ma question, M. Luc Chatel, la droite pourrait-elle y participer ? Le gouvernement demande aux élus de lui servir de « rabatteurs » et de faire remonter les cas les plus aberrants ? L’aiderez-vous ?

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......