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Class action contre Mediator

3 min
À retrouver dans l'émission

Avec un principe de précaution gravé dans le marbre constitutionnel avec un Etat aussi coûteux que le nôtre – puisqu’il absorbe 56 % du PIB avec une prolifération d’agences et de hautes autorités dans tous les domaines, doublées par quantité d’autres agences exerçant leur vigilance au niveau européen, cette fois, on s’attendrait à ce que le consommateur français soit bien protégé . En particulier, le consommateur de médicaments.

Et pourtant les scandales sanitaires se suivent et se ressemblent. Chaque fois, nos Hautes Autorités paraissent avoir réagi avec la lenteur prêtée par la légende à certains dinosaures qui, lorsqu’on leur marchait sur la queue, se retournaient trois heures plus tard. Quant à l’indemnisation des victimes , elle présente une fâcheuse tendance à intervenir avec suffisamment de retard pour que la majorité d’entre elles soient décédées. Je rappelle que le procès de l’hormone de croissance, qui s’est ouvert en 2008, avait nécessité 17 années d’instruction…

Pourquoi le Mediator a-t-il bénéficié d’un sursis de douze ans ? Douze ans, puisque c’est en 1997 que les anorexigènes amphétaminiques (les fameux « coupe-faim ») ont été retirés de la vente. Le Mediator largue dans l’organisme une substance, le norfenfluramine, qui s’apparente aux amphétamines et qui, comme ces dernières, provoque de l’hypertension artérielle pulmonaire et des atteintes graves des valves cardiaques.

Certes, le Mediator ne se présentait pas comme un coupe-faim , mais comme un médicament destiné à combattre le diabète mais dans les faits, il a été prescrit à de nombreux patients ne souffrant que de surpoids. En 2007, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps ) se réveille de sa longue torpeur et recommande aux médecins de cesser de prescrire le Mediator comme coupe-faim. Tiens, je croyais que ces derniers étaient déjà interdits depuis 1997… Et ce n’est qu’en novembre 2009 que le Mediator, déjà interdit de vente chez nos voisins espagnols et italiens, est retiré des pharmacies.

Par bonheur, au sein de notre bureaucratie proliférante, il existe des agences chargées de surveiller les agences.C’est l’Inspection générale des affaires sociales (l’IGAS ) qui a relevé les dysfonctionnements intervenus dans la gestion de l’affaire par l’Assaps. Le rapport de l’IGAS met en cause « la stratégie des laboratoires Servier » pour retarder le retrait du Mediator, accusant Servier d’avoir « anesthésié les acteurs de la chaîne du médicament ». En filigrane, il est question du manque d’indépendance d’experts dont les liens avec les laboratoires est avérée. Depuis, l’Afssaps, déconsidérée, a été remplacée par une nouvelle agence, l’Agence nationale de sécurité du médicament. Les risques de conflit d’intérêt sont, paraît-il, mieux contrôlés. On demande des précisions.

En attendant, les victimes du Mediator sont contraintes de se battre devant deux tribunaux : à Paris, la procédure entamée, dans la mesure où elle nécessite une instruction, sera longue devant le Tribunal correctionnel de Nanterre, c’est la procédure bien plus rapide, de la citation directe qui a été choisie par les avocats des victimes. Mais il ne s’agit que d’une poursuite pour « tromperie aggravée ».

En février dernier, François Hollande, pas encore président de la République, s’est déclaré favorable au système de l’action de groupe , qui permet à plusieurs victimes ayant subi le même préjudice d’obtenir réparation en attaquant l’auteur des faits incriminés lors d’une procédure commune. Jacques Chirac avait fait la même promesse en 2002, mais semble l’avoir oubliée en cours de mandat. Le temps n’est-il pas venu d’introduire dans notre pays cette procédure ?

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