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Comme change la France

3 min
À retrouver dans l'émission

« N’avoir jamais franchi une frontière, n’avoir jamais pris le train, mais épouser sa voisine et reprendre le travail de son père… toutes ces choses sont devenues rares, alors qu’elles étaient la norme du milieu du siècle précédent », écrit Jean Viard dans son « Nouveau portrait de la France ». Nous sommes tous devenus, selon ce sociologue, des « individus multi-appartenant », liés par toute sorte de mobilités à d’autres individus, à des réseaux.

Le lieu où nous résidons n’est plus celui où nous travaillons celui où nous nous distrayons non plus. Nous fonctionnons tous azimut, nous déplaçant sans cesse. Nos établissements sont provisoires et varient en fonction des âges de nos vies : la jeunesse se vit dans les grandes villes, où la majorité est célibataire. Mais quand vient celui de s’établir, de former un couple, de fonder une famille, on recherchera la maison avec jardin, avec le barbecue pour les amis, forcément loin de la ville. A l’âge de la retraite, on cherchera généralement à s’établir dans la région où l’on a passé ses vacances dans le Sud donc, de préférence.

D’ailleurs, les distances ne sont plus celles de la géographie et la province n’est plus la province : le TGV a rapproché a fait de Lille une grande banlieue de Paris, rapproché Toulouse de Bordeaux et ces grandes métropoles qui sont animées, bien vivantes. Qui plus est, la ville vraiment moderne, Rennes, par exemple, devient une « ville en archipel », où la campagne est intégrée et devient un spectacle familier où les terres cultivées s’avancent à l’intérieur de la banlieue. Le paysan et sa famille font leurs courses au même supermarché que le jeune couple de péri-urbains, qui travaillent tous les deux dans la grande métropole, à deux stations du TER. L’opposition entre gens de la ville et gens de la campagne ne tient plus.

Comme la France change vite , s’extasie Jean Viard, qui fait le relevé des mutations ahurissantes qui ont affecté notre pays en un quart de siècle. Nous sommes bien plus souples, mobiles, innovants que nous le croyons.

Et vous, Raymond Depardon et Claudine Nougaret , avec vos allers et retours continuels entre les trésors de la cave et un présent subjectivé, des archives dénichées, des traces de vie, des images-souvenirs et leur réorganisation par la mémoire, vous nous offrez, à la fois un itinéraire de vie, avec sa cohérence et un reportage sur la France, ses lieux, ses gens, leurs modes de vie, leurs façons d’habiter un espace. Reliant sans cesse l’histoire de votre couple à celle du vaste monde, vous nous refaites le coup du microcosme et du macrocosme.

Gustav Herling Grudzinski écrit dans son Journal écrit la nuit : « Il fallait pourtant qu'il existât au monde un endroit d'où, arrivé au bout du chemin, on pouvait voir sa vie autrement, non comme un tourbillon insensé mais comme une voie menant quelque part, vers quelque chose ! » (p. 292)

Vous n’êtes certainement pas arrivé « au bout du chemin », ce n’est qu’un rapport d’étape, mais je me demande ce que vous entrevoyez au bout de cette route. Quelle cohérence secrète avez-vous découverte à votre propre travail ? Qu’est-ce que vous vouliez vraiment fixer de ce paysage qui se métamorphose incessamment comme sur ces films faits d’images prises toutes les trente secondes et où les personnages s’agitent comme des fourmis, où une journée dure une heure, avec son soleil monte et descend comme pris de frénésie. Qu’avez-vous donc cherché à fixer sur vos photos et sur vos films ?

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