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Comment enrayer le déclin industriel ?

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L’alerte a été lancée par une étude de la Direction générale du Trésor publiée en 2010. La part de l’industrie dans le PIB décroît partout, mais anormalement vite, dans le cas français, indiquait cette étude. La contribution du secteur industriel à la richesse nationale est passée de 24 % en 1980 à 14 % en 2007. Et depuis cette date, la crise a encore aggravé le phénomène (11,5 %, l’an dernier), provoquant une véritable hémorragie d’emplois . Or, les emplois dans l’industrie sont qualifiés et généralement mieux rémunérés que ceux des services susceptibles de les remplacer.

D’où une première série de questions : certains économistes estiment que cette évolution est naturelle qu’elle est comparable à celle qu’a connue autrefois l’agriculture, à l’époque du « grand déversement de main d’œuvre » vers l’industrie et de l’exode rural.

Ainsi Jean-Marc Daniel attribue-t-il deux causes à cette baisse relative de la part de l’industrie et de la montée symétrique des services. Primo, elle traduit un glissement dans le comportement des consommateurs, qui demandent davantage de produits et de services ne relevant pas de l’industrie. Deuxio, elle est la conséquence d’une amélioration continuelle de la productivité : il faut de moins en moins d’heure de travail humain pour produire une voiture ou un ordinateur . D’où une baisse du prix de ces produits qui se traduit par une baisse mécanique de la part de l’industrie dans le PIB.

Cette logique débouche sur une préconisation tout autre que celle des politiques industrielles : il faut accélérer la robotisation de notre production industrielle qui accuse un certain retard en ce domaine sur certains de nos concurrents, allemands et japonais, notamment. Ce qui se traduira, certes, par des pertes d'emplois, mais aussi par des emplois mieux qualifiés et mieux rétribués, dans l'industrie.

Mais quant à ces politiques industrielles elles-mêmes, là encore ceux qui en soutiennent la nécessité divergent sur leur mise en œuvre.

L’Etat a-t-il comme autrefois vocation à se transformer en « stratège » , favorisant de ses aides un certain nombre de secteurs d’activité, qui semblent, à ses experts, compatibles avec les atouts du pays et susceptibles de rivaliser avec ses concurrents internationaux ? Pourquoi ces hauts fonctionnaires seraient-ils plus compétents en ce domaine que les grands capitaines d’industrie ? Combien de « plans calculs » ruineux ?

Mais en admettant la légitimité d’une telle stratégie, qui nous a donné notre avance dans l’énergie nucléaire, en particulier, faut-il favoriser un « champion national », afin de concentrer sur lui toutes les subventions, toutes les aides, toutes les facilités ? Sur quels critères le choisir, si l’on veut éviter le népotisme et la corruption ? N’y a-t-il pas un risque de voir le dit « champion » se transformer en monopole de fait, encaissant les aides publiques et provoquant l’adoption de politiques protectionnistes, pour éviter d’avoir à innover ? De le voir bloquer l’arrivée, sur son créneau, de nouveaux venus qui auraient pu se montrer plus innovateurs et plus dynamiques ?

L’Etat doit-il s’immiscer dans l’organisation des filières, jusqu’à contraindre certaines de ses composantes à des alliances ? A rebours, si on favorise la concurrence entre des entreprises, tout en aidant leur secteur d’activité, comment se prémunir du saupoudrage, à l’heure où l’argent public est rare ? Faut-il articuler la politique industrielle avec l’aménagement du territoire , en la déléguant aux régions qui seraient ainsi amenées à se spécialiser ?

Enfin, l’industrie lourde nécessite d’importants investissements l’Etat doit-il organiser ce financement via les banques ? Comment ? La rentabilité de l’industrie française est basse, la rentabilité du capital investi est même deux fois plus faible qu’en Allemagne, d’où la création du CICE. Mais celui-ci n’est-il pas en train de rater sa cible, en bénéficiant davantage à des entreprises de services, comme La Poste, plutôt qu’à l’industrie ?

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