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Comment éteindre l'incendie djihadiste ?

4 min
À retrouver dans l'émission

« La meilleure chose que vous puissiez faire est de vous efforcer de tuer tout infidèle. Si vous ne pouvez pas trouver d’explosifs ou de munitions, alors isolez l’Américain infidèle, le Français infidèle ou n’importe lequel de ses alliés. Ecrasez-lui la tête à coups de pierres, tuez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le dans le vide, étouffez-le ou empoisonnez-le. Ce sera l’ultime campagne des croisés…. Nous allons conquérir votre Rome, nous briserons vos croix et nous réduirons vos femmes en esclavage . »

Tel est le message lancé par radio par Abou Mohamed al Adnani, porte-parole du soi-disant Etat islamique en Irak et au Levant. On peut faire preuve d’incrédulité se dire que ces gens ont mille ans de retard sur l’histoire. Mais telle est leur vision du monde. Cette bande de criminels et de tortionnaires s’imagine combattre au nom de l’islam authentique, dans une guerre de religions, dans une guerre entre civilisations .

L’EIIL, un groupuscule qui ne comptait plus que 800 membres lorsque les Américains ont quitté l’Irak en décembre 2011, dispose aujourd’hui de 10 000 combattants et contrôle un territoire vaste comme un Etat , à cheval entre l’Irak et la Syrie. Il s’est renforcé sur le plan militaire lors de la guerre civile en Syrie, puis en mettant la main sur des équipements de l’Armée irakienne. Celle-ci a perdu, avec le départ des Américains, les sources d’information nécessaires et les moyens de transports, notamment héliportés, que lui fournissait l’US Air Force. Elle a, en outre, été affaiblie par l’ex-Premier ministre Nouri al-Maliki, qui a procédé à une vaste purge de ses plus hauts gradés, remplacés par des hommes de son clan connus pour leur incompétence.

L’EIIL s’est emparé d’importants puits de pétrole et se finance par le trafic d’or noir, empruntant les réseaux de contrebande mis en place par Saddam Hussein. Il pratique aussi l’industrie de l’enlèvement et du racket sur une grande échelle. Il procède au nettoyage ethnique et religieux sur les territoires qu’il contrôle, exigeant des populations la soumission à sa version fantaisiste de l’islam, abattant, crucifiant, ou égorgeant ceux qui refusent la soumission, afin de terroriser ses adversaires.

Les capitales occidentales sont divisées sur la manière de réagir à ce défi. Certains estiment que toute nouvelle intervention militaire dans un pays musulman renforcera la propagande de l’EIIL en donnant l’impression d’une « croisade » et qu’Obama a tort de marcher sur les pas de George W Bush en intervenant militairement sans mandat des Nations Unies .Certains refusent également cette intervention au nom de l’équilibre local des forces entre sunnites et chiites : combattre les ennemis d’el-Assad et du pouvoir à Bagdad, ne peut que favoriser les intérêts de Téhéran.

Mais d’autres pensent, comme la France, qu’on n’a que trop tardé, à Washington, à prendre la mesure du danger et à tenter de faire refluer le soi-disant califat. Ils s’inquiètent d’une possible extension à la Jordanie, au Liban et qui sait – de la jonction avec les djihadistes du Yémen, de Somalie et du Mali.

Mais on s’alarme surtout de l’attraction que cette rhétorique mi-religieuse, mi-guerrière, pourrait exercer sur des jeunes Européens en quête de repères identitaires , désabusés par le cynisme et le matérialisme de notre société, en quête d’action et d’absolu. On apprend ce matin que le beau-frère de Mohamed Merah, l’assassin d’enfants juifs présenté hier encore comme un « loup solitaire », rentrait de Syrie, pour animer chez nous une filière de recrutement pour le djihad. Près d’un millier de jeunes Français font actuellement le djihad en Syrie.

Les plus hautes autorités musulmanes de notre pays ont pris la mesure de la menace. Et les fédérations et responsables des mosquées ont lancé un « Appel aux musulmans de France contre Daech ». On y lit : « Nous condamnons fermement les exactions commises par cette organisation à l’encontre des civils, en Irak et en Syrie, parmi les chrétiens, les Yézidis, les Kurdes, les Turcomans, les musulmans chiites ou sunnites, les humanitaires et les journalistes. » On y appelle les « jeunes musulmans de France qui seraient tentés d’aller combattre aux côtés de ces terroristes à prendre conscience de l’ampleur et de la gravité des crimes dont ils pourraient se rendre complices, ainsi que de la lourde responsabilité, devant Dieu et devant les hommes, d’une telle complicité ».

Le ministère de l’Intérieur a présenté au Parlement un Projet de Loi, prévoyant des interdictions de territoire pour les candidats au djihad , assorti de peines de prison pour ceux qui tenteraient malgré tout le départ ou organiseraient des filières de recrutement.

Sommes-nous à l’abri d’une contagion ? Que peuvent les autorités religieuses musulmanes de notre pays contre ces recruteurs islamistes ? Les mesures prises pour contrer ces recrutements ne risquent-elles pas de contredire nos libertés publiques, faisant ainsi le jeu des islamistes ?

Autre question : la coalition peut-elle se contenter de frappes aériennes, en laissant la tâche de reconquête des territoires dont l’EIIL a pris le contrôle aux peshmergas kurdes ? N’est-il pas temps de tenir la promesse, faite aux Kurdes, de bâtir leur propre Etat et de réunifier leur nation ?

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