LE DIRECT

Comment l'UE pourrait-elle imploser ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Beaucoup de bons esprits le pensent. Je ne parle de ceux qui le souhaitent, au nom de je ne sais quelle lubie souverainiste. Non, d’excellents Européens, artisans intellectuels de la convergence entre nos petites nations en déclin, méditent ces temps-ci sur le risque d’éclatement, d’implosion de l’ensemble européen.

Prenez Ivan Krastev, cet intellectuel bulgare est devenu l’un des intellectuels publics européens les plus en vue. Avec ses collègues de l’Institut pour les Sciences Humaines de Vienne, l’un des hauts lieux de la convergence entre universitaires de l’ouest et de l’est, il a étudié divers cas de désintégration de l’histoire récente : l’empire des Habsbourg, l’Union soviétique et la Yougoslavie. Dans l’idée que ces précédents pourraient peut-être nous éviter semblable destin

Première leçon : rien n’est plus dangereux pour une construction politique plurinationale que de la tenir pour acquise. Si tous ses participants la considèrent définitive, certains d’entre eux peuvent être amenés à prendre des risques inconsidérés . Prenez David Cameron. Il aurait dû y réfléchir avant de lancer son projet de référendum sur le maintien de la Grande Bretagne dans l’Union européenne.

Deuxième enseignement : la désintégration est toujours la résultante de causes intérieures et non pas extérieures. Ce ne sont pas les Etats-Unis qui ont provoqué l’effondrement de l’Union soviétique, à l’issue de la guerre froide. L’empire des Soviets s’est effondré sur lui-même. Si le projet européen capote, ce ne sera pas la faute de Poutine, même si celui-ci prie tous les matins pour cette issue fatale.

Troisième règle : ce ne sont jamais les nations de la périphérie qui causent la chute finale. La désintégration s’accélère lorsque certains joueurs du centre, considérés jusqu’alors comme ayant intérêt à participer au système, commencent à s’y percevoir comme perdant. C’est pourquoi, ajoute Krastev, la fin de l’UE ne peut pas venir de la Grèce. Mais elle pourrait être causée par la Pologne . Des élections décisives doivent avoir lieu dans ce pays le 25 octobre. Si la Plateforme Civique, le parti libéral, centriste et pro-européen de Donald Tusk, devait les perdre, comme il vient de perdre les présidentielles, face à la droite souverainiste Droit et Justice, cela pourrait avoir, pour l’Europe, des conséquences désastreuses.

menaces de désintégration
menaces de désintégration Crédits : Union européenne - Radio France

Ce qui pourrait empêcher la dislocation, c’est la montée des périls. Krastev pense que la crise ukrainienne, même si elle est ressentie avec moins d’acuité au Sud qu’à l’Est et au Nord de l’Europe, va contribuer à forger une identité européenne.

Carl Bildt, ancien premier ministre suédois et autre personnalité européenne, écrit, de son côté, que l’UE qui se croyait « libre, prospère et en sécurité » il y a 15 ans, se découvre aujourd’hui environnée, à l’est comme au sud, d’un « cercle de feu ». Du Moyen Orient en proie au chaos, nous arrivent des centaines de milliers de réfugiés. Aucun Etat membre ne peut répondre isolément à ce défi. La réponse ne peut être que communautaire.

Elle pourrait prendre la forme d’un système de gestion en commun des demandes d’asile installé dans les pays de départ, estime Maximilian Popp dans le Spiegel. Car le système actuel, qui autorise de fait l’installation de ceux qui ont trouvé les moyens de payer des passeurs/trafiquants et ont survécu au voyage, est insoutenable et hypocrite. Il participe d’une logique darwinienne, moralement insoutenable. Mais pour parvenir à une telle politique européenne de l’immigration, il faudrait s’assurer que tous les Etats membres jouent le jeu. Tant en termes de contrôle des frontières extérieures de l’Union, que d’accueil des migrants.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......