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Comment le monde a changé Obama

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Personne n’imagine qu’une campagne présidentielle américaine puisse se gagner sur les questions internationales . Moins encore aujourd’hui, dans le contexte de pénible sortie de crise que traversent les Etats-Unis. C’est l’état de l’économie, ce sont les perspectives de retour à l’emploi qui décideront de l’issue du scrutin, pas l’état des relations avec la Chine ou l’issue de la guerre en Afghanistan. Et pourtant.

Obama a manifestement gagné son duel avec Romney lundi soir sur la politique étrangère . Romney, disent les commentateurs, a été obligé de jouer en défensive, ce qui réussit mal à un challenger. Face à un Obama qui apparaissait mieux au fait des dossiers, Romney a modéré son agressivité pour corriger une image de va-t-en-guerre qui fait peur à l’électorat. Envers l’Iran : l’action militaire est dorénavant « le dernier recours », si les sanctions et le programme de cyber-attaque se révélaient incapables d’empêcher le régime des mollahs d’obtenir l’arme atomique. Sur l’Afghanistan, le candidat républicain a avoué qu’il ne ferait rien d’autre que de poursuivre la politique d’Obama s’il était élu à sa place. Sur la manière Obama de mener la guerre contre les terroristes à l’aide de drones entre 200 et 300 frappes en 4 ans), Romney admet qu’il ne ferait ni davantage ni autrement. En Syrie, il ne veut pas non plus d’une implication militaire américaine « dans la phase actuelle ». Seul vrai thème de clivage, la Russie, qu’Obama imagine avoir séduite, et face à laquelle Romney fait entendre sa différence, en promettant d’avoir « plus de cran ».

Obama a gagné ce duel, et pourtant, le bilan de son action extérieure n’est, il faut en convenir, pas très brillant.

Obama s’est servi, pour définir sa stratégie, d’une métaphore empruntée au basket : le pivot, explique Justin Vaïsse dans un ouvrage consacré au bilan diplomatique du président. Il a voulu faire « pivoter » la diplomatie américaine vers le Pacifique et les pays émergents. Cela voulait dire rompre avec la vieille obsession de W. Bush pour le Moyen Orient, laisser les Européens se dépatouiller avec leur crise, renouer avec la Russie. Obama, comme le montre le film de Zaki Laïdi, a voulu se dégager d’Irak pour s’investir massivement sur le front afghan – guerre « par nécessité » et non pas « guerre préventive ». Résultat des courses : l’Irak est devenu une pièce essentielle du « croissant chiite » manœuvré par l’Iran. Le pays est aussi hostile aux Etats-Unis qu’il l’était sous Saddam Hussein. En Afghanistan, l’enlisement est patent. Mais quel besoin le président américain avait-il d’annoncer à l’avance la date du retrait de ses troupes. Comme le dit un des intervenants « Obama, l’homme qui voulait changer le monde », les Talibans, prévenus à l’avance du retrait américain, n’avaient plus qu’à faire le gros dos et attendre leur heure. Ce qu’ils font.

Obama a remporté une grande victoire : c’est l’élimination du chef terroriste Ben Laden . Alors que George W Bush avait lancé deux guerres pour aller détruire Al Qaïda, Obama est parvenu à supprimer l’ennemi public n° un par une audacieuse opération de commando, menée dans un pays étranger, sans en prévenir les dirigeants ni leur demander leur accord. Les relations avec le Pakistan, allié théorique, sont d’ailleurs très mauvaises.

Bref, comme vous l’écrivez dans votre article mis en ligne sur le site Telos, Zaki Laïdi, « sur tous les enjeux stratégiques pour la sécurité américaine dont il a hérité : Iran, Corée du Nord, Irak, Afghanistan, Pakistan, conflit israélo-palestinien, Obama n’a à peu près obtenu aucun résultat politique significatif, car le pouvoir de contrainte des Etats-Unis s’est érodé de manière structurelle. »

Que les Etats-Unis s’affaiblissent et que le mythe de « l’hyper-puissance » ait fait long-feu, c’est un fait acquis. Mais on disait beaucoup, il y a quatre ans, que Barack Obama était un meilleur président parce qu’il comptait miser sur le « smart power ». On lui a décerné le Prix Nobel de la Paix. Etait-ce mérité ?

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