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Comment parler de l'immigration ?

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D’un côté, David Cameron, le premier ministre conservateur britannique , concurrencé sur sa droite par la monté du parti eurosceptique UKIP, propose de durcir la politique migratoire de son pays. Quitte à enfreindre les règles de libre circulation de l’Union européenne, il voudrait notamment soumettre le droit aux prestations sociales des migrants venus d’autres pays de l’Union européenne à un moratoire de 4 ans et expulser les immigrés qui n’auraient pas trouvé de travail au bout de 6 mois. La presse anglaise se déchaîne contre ce qu’elle nomme « le tourisme social », dont la réalité reste à prouver.

De l’autre, c’est l’Allemagne , au taux de natalité très insuffisant pour maintenir sa population, qui se réjouit d’être devenue la deuxième terre d’immigration au monde derrière les Etats-Unis , mais devant le Royaume-Uni, le Canada ou l’Australie et, bien sûr, la France. Selon l’OCDE, le pays de Mme Merkel a accueilli, en 2013, pas loin d’un demi-million de migrants (465 777 personnes exactement), contre le double aux Etats-Unis, 291 000 en Grande-Bretagne, 258 900 en France. L’Allemagne attire parce que son économie est prospère et que son marché du travail est proche du plein emploi.

A la différence du Canada ou de la Nouvelle-Zélande, nos voisins ne sélectionnent pas les immigrés sur la base de leurs compétences et des disponibilités d’emplois , mais les Allemands gèrent assez bien un système de qualification qui favorise l’intégration des immigrés. La provenance de ceux-ci est principalement l’Europe centrale (les Polonais sont les plus nombreux), mais on observe aussi récemment une arrivée importante d’Européens du Sud, Espagnols, Italiens et Portugais, à la recherche des emplois qu’ils ne trouvent pas chez eux.

Chez nous, l’immigration est en train de redevenir, comme dans toute l’Europe, un sujet hyper-sensible, fortement investi sur le plan idéologique. François Fillon fait des propositions qui rappellent celles de David Cameron et se prononce pour l’instauration de quotas fixés par le Parlement, afin que « notre politique d’immigration corresponde à notre capacité d’accueil ». Et il préconise un délai de deux ans avant que les nouveaux arrivés puissent bénéficier des aides sociales, des aides au logement et des allocations familiales. De son côté, François Hollande ressort la proposition en forme de serpent de mer du vote des étrangers non communautaires aux élections municipales.

Aux uns et aux autres on suggérera une étude mise en ligne par le think tank British Future, intitulée How to talk about immigration. Ses auteurs constatent que l’opinion britannique est sur le sujet « modérée et non pas à cran », mais qu’elle ne fait plus aucune confiance aux politiciens. L’électeur constate qu’il a été exclu de décisions le concernant. Il faut, écrivent-ils, reconquérir la confiance du public, et ce ne serait pas difficile, car une approche raisonnable rencontrerait les aspirations majoritaires du pays.

En effet, si 25 % des sondés sont « réjectionnistes » et voudraient limiter fortement l’immigration, et que 25 % sont qualifiés de « migration liberals », qui se réjouissent de l’apport, notamment économique, des migrants à la croissance britannique, la majorité est raisonnablement hésitante. Elle est davantage sensible « à l’impact culturel de l’immigration sur le pays » qu’aux arguments économiques . Elle se demande si les immigrés partagent les mêmes valeurs britanniques qu’elle. Afin de les rassurer, les auteurs formulent quatre préconisations, qui s’inspirent de la campagne « reach the centre », lancée avec succès par les associations américaines de défense des migrants.

Primo, cesser de ne pas vouloir en parler sinon, les gens ont le sentiment qu’on veut leur interdire le débat et qu’on les prend pour des racistes. Or, il faut distinguer les « inquiétudes d’ordre culturel » (cultural concerns), qui sont légitimes, des « préjugés racistes " (racial prejudice), qui ne le sont pas mais ceux-ci sont rares dans l’opinion publique, comme en témoignent les scores ridicules du British National Party.

Secundo, cesser d’asséner des arguments économiques, tels que « les migrants étant jeunes, ils contribuent davantage au financement du système social et en bénéficient moins parce qu’ils sont moins souvent malades » même si c’est vrai, il faut accepter de parler aussi des changements culturels.

Tertio, reconnaître la légitimité de certaines anxiétés, telle que la pression sur le logement ou l’école.

Quarto, faire apparaître le poids du vécu individuel derrière les statistiques. Conseiller aux média de faire parler des immigrés de longue date : ils sont bien davantage crédibles que les politiciens…

Quinto, miser sur les jeunes : leur appréciation est beaucoup plus positive.

Afin de clamer le débat, peut-on transmettre ces conseils à nos chers dirigeants ? Afin de déminer idéologiquement le débat, comment peut-on parler de l’immigration d’une manière rationnelle et apaisée ?

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