LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Comment rendre les banquiers raisonnables

4 min
À retrouver dans l'émission

A la manière d’un feu de brousse , la crise financière de la zone euro, qu’on croit avoir circonscrite un jour, repart de plus belle ailleurs. Un jour, c’est la bulle immobilière irlandaise qui éclate, menaçant de faillite les banques qui avaient octroyé aux acheteurs, des prêts sans réelles garanties de créance. Un autre, c’est l’Etat grec qui, surendetté, ne parvient plus à emprunter davantage qu’à des taux dissuasifs, mais dont le défaut menace de faillite les banques qui ont accepté ses Bons du trésor. En ce moment, c’est sur les banques espagnoles , menacées d’embrasement, qu’est concentrée l’attention des pompiers de la zone euro. Le gouvernement espagnol voudrait bien les sauver lui-même, afin d’échapper à une mise sous tutelle politique par l’Union européenne. Il est clair qu’il n’en a plus les moyens.

Hier, Mario Draghi a annoncé , à l’issue de la réunion des gouverneurs de la Banque centrale européenne, que les banques européennes allaient rester sous perfusion : le taux directeur de la BCE reste inchangé à 1 %, inférieur à l’inflation (2,4 % cette année), un accès illimité au crédit est prolongé jusqu’au 15 janvier 2013 : accès illimité aux liquidités. Mais la Banque centrale refuse de racheter de la dette espagnole, comme elle le faisait encore l’année dernière.

Au total, depuis le début de la crise dite des subprimes, c’est 1 600 milliards d’euros , qu’aura coûté le renflouement du système bancaire européen , soit 13 % du PIB de l’UE. Et bien sûr, c’est le contribuable qui paiera, par ses impôts ou par l’inflation, car l’argent ne tombe pas du ciel.

On discute précisément en ce moment à Bruxelles des moyens d’éviter que les banquiers, qui ne regardent pas trop à la dépense lorsqu’il s’agit de s’attribuer de juteux bonus, cessent de compter un peu trop sur la générosité des Etats , lorsqu’ils sont touchés par une crise. Les banques sont « trop grosses pour faire faillite », n’est-ce pas…

La Commission leur demandera de se doter d’un plan de crise, comportant en particulier la liste des filiales pouvant être vendues. Elle demandera aussi aux Etats de constituer un fonds destiné à renflouer leurs banques, en cas de menace de faillite et de veiller à ce que ce soient bien les actionnaires qui paient d’abord la facture. Comme toujours, un projet de mutualisation au niveau européen de ces espèces d’assurances nationales du système bancaire, bute sur un refus de l’Allemagne. Berlin se méfie d’un système qui pourrait l’obliger à payer de sa poche le renflouement des banques d’un pays mal géré.

Au-delà, quelles sont les mesures à prendre pour que les banques renouent avec leur mission : une bonne allocation des capitaux disponibles en vue du meilleur fonctionnement possible de l’économie réelle. Au Royaume-Uni, paradis de la finance européenne, la commission Vickers a débouché sur des décisions courageuses en particulier la séparation progressive des activités banque de détail , dont les dépôts seront protégés et de banque d’affaires t , qui ne le seront pas. Banque de commodité et banque-casino, comme dit Elie Cohen. L’idée est que ceux qui ont les moyens de confier de gros capitaux à des investisseurs professionnels, dans l’espoir de profits substantiels, sont suffisamment informés pour se passer de la garantie de l’Etat britannique. Cette réforme devrait-elle être appliquée sur le continent ?

Cela ne résoudrait pas le problème principal qui est que nos banques sont surexposées aux titres de dette souveraine . En effet, Etats et banquiers se sont mis d’accord sur l’étrange principe selon lequel les obligations d’Etat sont tellement solides qu’il n’est pas nécessaire, pour les banques de les provisionner par des fonds propres. Pour être clair, lorsque votre banquier prête à une PME de quoi acheter de nouvelles machines, il a l’obligation de disposer dans ses coffres de 8 % au moins de la somme qu’il a lui prêtée lorsqu’il prête à l’Etat, il en est dispensé. Parce que la dette d’un Etat européen, c’est du solide, n’est-ce pas… Voyez la Grèce !

Cela arrange bien les banques et cela arrange encore plus les Etats. Mais c’est la cause principale – et bien cachée – de la fameuse « fragilité » du système bancaire européen. Entre les banques et les Etats, on joue à « je te tiens, tu me tiens par la barbichette… »

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......