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Contenir, repousser, éradiquer Daesh

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Sur le site telos, l’ancien directeur du Centre d’analyse et de prévision du Ministère des Affaires étrangères, Gilles Andréani, s’inquiète de la rhétorique guerrière du chef de l’Etat. Au lendemain des attentats du Vendredi 13 novembre, notre 11 septembre à nous, François Hollande a déclaré « la guerre » à Daesh. Cette organisation, a-t-il ajouté dispose, « d’une assise territoriale, de ressources financières, et de capacités militaires », et « nous éradiquerons le terrorisme », a-t-il promis. D’une part, l’emploi du mot guerre présente le défaut de légitimer de vulgaires terroristes et tortionnaires, en les muant en authentiques combattant s. Or, ce ne sont que des « criminels ».

Ensuite, Andréani a cru reconnaître presque mot pour mot dans le discours du président français celui prononcé par le président américain George W Bush devant le Congrès le 20 septembre. C’est une guerre. Nous vaincrons. Nous éradiquerons. W avait lancé l’assaut sur l’Afghanistan des talibans, qui hébergeait Ben Laden et entraînait ses troupes. Hollande bombarde en Syrie. Mais la différence, outre l’énormité des moyens militaires dont disposaient alors les Etats-Unis et qui ne sont pas à notre portée, c’est que la coalition anti-talibans était unanime . Le Pakistan lui-même avait été mis en demeure de cesser son double-jeu et les Américains pouvaient compter, sur place, sur les combattants aguerris de l’Alliance du Nord.

Au contraire, Daesh n’est nullement isolé . Il constitue la pointe extrême du camp sunnite, au sein duquel il bénéficie de « complicités ». Et ses adversaires, sont, au contraire, profondément divisés quant aux priorités poursuivies. C’est pourquoi, selon Andréani, la France ne devrait pas déclarer la guerre au lendemain de l’attentat qui vient de la frapper. Cette guerre, les Syriens, les Irakiens, les Yéménites, d’autres encore, la vivent depuis bien plus longtemps. En outre, la France est engagée sur bien trop de fronts sans en avoir les moyens militaires.

Enfin, et selon Andréani, c’est là peut-être l’essentiel, le discours présidentiel fait l’impasse sur la dimension intérieure du conflit. Du coup, il suscite « une double inquiétude : celle de la société française, qui découvre en son sein une capacité de haine dont elle ne comprend pas les ressorts ; et celle des Musulmans de France, menacés d’amalgame . »

Selon Richard Haas, ancien conseiller du président George W Bush, Daesh, c’est à la fois un réseau, une idée et une organisation. Même son de cloche, à l’autre bout du spectre politique américain, côté démocrate. Pour Joseph Nye, important théoricien des relations internationales, ayant appartenu aux gouvernements de Jimmy Carter et de Bill Clinton, L’Etat islamique, c’est trois choses à la fois : un groupe terroriste transnational, un territoire sous contrôle, qui se donne pour le point de départ du nouveau califat, appelé à rassembler tous les musulmans du monde, enfin une idéologie aux fondements religieux, qui rêve d’un retour en arrière de plusieurs siècles, tout en manipulant à merveille les outils du XXI°, comme internet. C’est ce qui rend la perspective de son « éradication » très improbable. Et c’est pourquoi Obama préfère fixer à la coalition dirigée sur place par les Etats-Unis, via le général John Allen, l’objectif : contenir et faire reculer . C’est essentiellement l’affaire des bombardements aériens.

Quand bien même, la coalition finirait par liquider le proto-Etat Daesh, le réseau terroriste, lui, subsisterait. On l’a assez répété : la liquidation d’Ossama Ben Laden, réfugié au Pakistan, par Barack Obama, n’a pas mis fin aux attentats des affidés d’al-Qaïda. Et quant à l’idéologie à base religieuse, elle a hélas de beaux jours devant elle. Il s’agit d’un de ces délires qui s’emparent, à intervalles réguliers, d’une partie de notre humanité à la recherche de doctrines censées apporter une réponse unique à toutes les questions… Et le Moyen Orient, en proie à une véritable guerre de religion, constitue un terreau hélas, fertile.

Daesh
Daesh Crédits : Etat islamique - Radio France

Dans l’immédiat, ce que préconise Joseph Nye, c’est de renforcer, en les armant, les forces kurdes . Elles ont déjà fait reculer l’Etat islamique. Mais il faudra inciter d’autres forces sunnites à entrer dans le combat contre Daesh. « La présence de soldats étrangers ou chiites ne ferait que renforcer la propagande de l’Etat islamique. »

De toute manière, avertit Joseph Nye, le Moyen Orient traverse une période d’instabilité révolutionnaire, doublée d’une guerre de religion entre sunnites et chiites, dont il ne faut pas espérer la fin à brève ou moyenne échéance. Il y en a pour des années, probablement des décennies.

Gagner la guerre, dans ces conditions, paraît, en effet, bien improbable…

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